3ème "confinement" : reculer pour mieux sauter ... en mai ?

Gageons que, cette fois-ci, sera la bonne ... et, qu'après cette nouvelle série de confinements conjuguée à une avancée plus rapide de la vaccination, nous pourrons réellement entrevoir "le bout du tunnel". En attendant, une (nouvelle) période d’apnée s’impose à l’industrie touristique française et avril-mai 2021 doit être considéré comme une parenthèse. Ce nouvel "aléa" repousse d'autant la reprise au mois de mai, mais les signaux sont relativement positifs pour la période d'après. Selon ses propres déclarations, le Président de la République veut "rouvrir progressivement le pays, entre la mi-mai et le début de l'été, (certes) avec des règles strictes"... C'est donc à un contexte de reprise "contrainte" qu'il va falloir se préparer.

Le troisième confinement, du 6 avril au 1er mai, est un coup dur pour les professionnels du tourisme, car la perte sèche devrait s’élèver à 4 milliards d'euros sur l’ensemble de la France selon Didier Arino, directeur général de la société de conseil Protourisme (en 2020, le secteur a perdu 61 milliards de recettes). Les nouvelles restrictions liées au coronavirus plombent le début de la saison touristique alors que les vacances de Pâques, première aile de la saison d’été, annonçaient une période de reprise prolongée jusqu’à octobre. Sauf erreur, on revit donc le même scenario que l'an dernier, à cette époque. Sauf que, cette année, on a quand même une perspective de reprise (certes contrainte) d'ici 4 à 6 semaines. Une échéance que le gouvernement prend le risque de devoir repousser si la situation ne s'est pas rétablie et qui risque de lui coûter cher politiquement si les français lui imputent un retard suicidaire dans la mise en place de mesures strictes.

La limitation des déplacements à 10 kilomètres et le maintien du couvre-feu à 19h empêchent les vacances d’une semaine, prises massivement par des clients “affamés“ de départ. Les annulations à la pelle touchent d’innombrables hébergements. Au mieux, les séjours sont reportés. Les professionnels qui ont préparé la saison sont sonnés par la fermeture imposée au dernier moment. Si la restauration sauve une partie de son chiffre d’affaires en s’appuyant sur la vente à emporter, l’hébergement devra patienter. En matière stratégique, condamner avril semble être la décision la moins pénalisante, afin de réussir le mois de mai et de sauver l‘été, toujours selon les experts du tourisme. Si 2021 est un remake de l’année dernière, ce sera à peu près gagné.

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L’été 2021 va ressembler à l’été 2020

Chez les grands pros, les avis ne sont pas identiques sur l'avenir proche. La décision prise par le gouvernement de sacrifier avril pour sauver mai, juin, juillet et août, est appréciée par le président de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air (FNHPA), Nicolas Dayot : ==”Nous avons toutes les raisons d’espérer faire une saison estivale aussi bonne que l’année dernière”, voire “meilleure car les gens ont besoin de prendre des vacances et l’épargne est plus importante==, donc les gens auront les moyens de partir en vacances”. Plus mesuré, Didier Arino estime que “les professionnels n'ont aucune garantie”, mais il reconnaît:Il y a une appétence, un besoin, presque une envie vitale pour ceux qui partaient les années précédentes de repartir dès que possible. Il y a une grande frustration et plus la frustration monte, plus les départs seront importants”.
De son côté, René-Marc Chikli, président du Syndicat des entreprises du tour-operating (SETO), voit venir un “été 2020 bis”, car une inconnue persiste sur la réouverture des frontières européennes, qui rétablira ou pas les flux étrangers. “Si nous n'avons pas de clarté sur la réouverture des frontières, alors nous aurons un été moyen (...) ==Il ne faut pas préjuger d'un excellent été 2021 dans tous les domaines; notamment, ceux très dépendants des autres marchés européens”==. À la sortie du confinement, s’ils veulent partir plus loin, les Français "doivent être sûrs qu'ils n'auront pas de problème à l'étranger". Dans ce cas, ==le tourisme domestique a de la marge devant lui !

De l'avis de tous les experts - et comme nous l'annoçons depuis des mois, empêchés de quitter leur pays, les Français vont continuer de l’explorer et d’y découvrir les pépites "touristiques" qu’ils négligeaient. Par ailleurs, la possible réouverture des restaurants (enfin !) au 15 mai, date à confirmer, va donner du souffle aux hébergements, par effet de ricochet. Puis, l’arrivée du passeport sanitaire, le 15 juin, devra sécuriser juillet et l’ouverture des vacances en grand.

Toutefois, la grande fiesta pour l’été 2021 n’aura pas lieu avec 100% de certitude d’autant que la réouverture des frontières ne se fera pas "avant fin juin et sans doute pas avant la fin de l'été 2021"==, présage Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage (EDV).

À l'inverse, selon Sébastien Bazin, le patron d'Accor: "Cet été va être dingue, extrêmement fort. On a envie de vivre, de boire, de s’aimer, de voyager !" Selon lui, ce sera même une période faste car *"il y a 140 milliards d’euros d’épargne chez les Français; des Français qui ont envie de se retrouver".

Incertitudes de l’été : la double-réservation est en hausse

En attendant l’été, La plate-forme Hoo observe que la double réservation intentionnelle par les vacanciers, de janvier à mars 2021, est en hausse au Royaume-Uni et en Europe. Réserver deux endroits à la fois est dans la tendance, pour pouvoir avoir le choix, en éliminant le moins souhaitable à la dernière minute. Certains clients se conduisent comme des enfants gâtés, capricieux et malins ? Très probablement. L’incertitude persistante sur le Covid a entraîné au Royaume-Uni une augmentation de 19,3% des annulations d'hôtels de janvier à mars d'une année sur l'autre (période comparée à janvier-mars 2020), soit 39,3% des réservations annulées. Ce mouvement va s'intensifier au cours des prochains mois, selon le cofondateur de Hoo, Adrian Murdock : “nous nous attendons à ce que ce pourcentage augmente encore au cours de l'été”. Ce comportement, encouragé par les facilités d’annulation sans frais, fragilise la visibilité et la tranquillité des hébergeurs, auxquels il occasionne des pertes de revenus. Vigilance, donc, sur vos conditions d'annulation et de paiement qui doivent se durcir au fur et à mesure que l'on s'avance vers la saison ... sinon, vous risquez de perdre gros au fur et à mesure de l'ouverture à la concurrence.

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Desire_lips

Que faire en attendant ? Faire envie aux clients.

Compte tenu des mesures gouvernementales, le nouveau mode de consommation touristique fondé sur les séjours locaux est condamné, car un rayon limité à 10 km ne peut pas trop rimer avec une grande évasion. Le télétravail à faible distance, en chambre d’hôtes, reste une option, mais encore fallait-il communiquer très en amont sur le sujet. Toutefois même fermés ou à activité très très réduite, les hébergements ont tout intérêt à employer la parenthèse d’avril pour exister, car les clients de mai ou de l’été continuent de fureter le web et de se projeter : l'effervescence est intacte dans les recherches de séjours. L’hibernation imposée est l’occasion de donner des signes de fraîcheur et d'impatience sur les réseaux sociaux, en communiquant sur les derniers aménagements d’un hébergement, la nature qui s’éveille dans les environs, et la préparation parfaite des destinations qui attendent des visiteurs les bras ouverts. Faire envie aux clients, jouer sur l'empathie la plus sincère, est une excellente méthode pour sceller un désir de séjour, à consommer dans quelques semaines. La période de jachère est l’opportunité de cultiver l’imaginaire et l’appétit, pour maximiser les prochaines saisons.

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