Le revenu par chambre en baisse de 8% en 2022 ?

Les perspectives hôtelières françaises pour 2022 sont incertaines car le contexte économique est paradoxal : la gigantesque épargne des Français représente 170 milliards d’euros, la croissance est forte et l’inflation aussi. Dans un contexte encore dépendant de la consommation domestique, l’industrie touristique bleu-blanc-rouge espère que les Français débloquent leur fortune globale. En attendant un déclic psychologique, le RevPAR (Revenu Par chambre) recule dans les chaînes d’hôtels, et ça devrait durer...

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L’économiste Charlotte de Montpellier / DR

L’hôtellerie française entrevoit la sortie de crise et elle s’en sort mieux que ses cousines européennes : malgré le Covid, depuis 18 mois, les hébergements français sont moins vides que ceux des pays voisins. Le bel été du littoral et de la montagne a ouvert des perspectives encourageantes, les maisons d'hôtes ont même bénéficié de 18% d'investissements supplémentaires, dont 20% en travaux de modernisation et 80% en créations nettes, en moyenne, cette année, par rapport à 2020.

De son côté, le Conseil d’analyse économique (CAE) a signalé le 29 septembre que la trésorerie de l'hôtellerie hexagonale est en bonne santé, au moment où s’épuisent les aides d’État. La dette des TPE et PME de l’hôtellerie-restauration est inférieure à celle des autres secteurs, sauf en Ile-de-France, particulièrement touchée par les défections de touristes internationaux.

Hormis pour cette région, tous les voyants sont donc au vert et la croissance française sera de 6,25 % cette année selon le gouvernement, de 7 à 8 % selon la Banque de France, le FMI et l’Union européenne. En moyenne, le consensus se fixe autour de 4% pour 2022.

Qu’est-ce qui pourrait gâcher la fête des hébergements?

    1. Le Covid, dont la disparition n’est pas actée et qui pourrait venir troubler la fête de l'hiver prochain: "L’épidémie commence à regagner du terrain", a alerté Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le 19 octobre. Sans imaginer un blocus total, il y a donc fort à parier que nous devrons nous préparer à de nouvelles vagues de restrictions, sans pour autant empêcher le tourisme hivernal de s'épanouir,
    1. L’inflation généralisée en Europe est en rattrapage après les paralysies pandémiques. Elle représente 2,2 % de septembre 2020 à septembre 2021 en France, selon les chiffres définitifs de l’Insee (contre 5,4 % aux US). Dans notre pays, la flambée des prix de l'énergie (+14,9% sur un an) en est la principale cause. Se déplacer en voiture coûte de plus en plus cher sans imaginer des répercussions sur les prochaines vacances ? Le prix de l’alimentation a progressé, lui aussi, de 1 %, contre 1,4 % pour les services, et cela devrait continuer : "L'hiver va probablement être un moment compliqué. Les industriels vont commencer à répercuter les hausses qu'ils subissent sur le prix de vente des biens", prédit l’économiste Charlotte de Montpellier dans les Echos. Pour 2022, de nouvelles hausses du prix du pétrole et du gaz sont envisagées. Le budget vacances pourrait être grévé par la hausse des dépenses citées, mais... (voir le point n°3).
    1. La rétention de la fortune globale de 170 milliards accumulée par les Français se poursuit. Le déclic pour dépenser franchement, et relancer la consommation, dépend d’un retour total de la confiance. Dans l’immédiat, l’habitude prise de réserver au dernier moment, y compris pour les voyages d’affaires, empêche la visibilité chez de nombreux hébergeurs. La sortie de crise n'est pas vraiment actée dans l'esprit des français et ce même si, un peu partout dans le monde, les frontières semblent progressivement se rouvrir aux touristes, non sans contraintes sanitaires et administratives très fortes.

Toutes ces données incitent à envisager l'avenir proche de manière prudente: même si la crise n'est pas totalement derrière nous, la machine continue de repartir timidement et - hors flamblée épidémique hivernale - le virage de la saison 2021-2022 sera scruté à la loupe pour valider une reprise définitive de l'économie. Pour autant, selon certains prévisionnistes, tout ne se rétablira pas comme avant; notamment dans le secteur hôtelier où les perspectives d'un RevPar "ante-covid" ne sont pas très optimistes pour le moment ...

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La France s’en sortirait mieux que l’Europe

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Cette prévision concerne, il est vrai, l’hôtellerie de chaîne. Au préalable, son auteur, le cabinet MKG, acteur du conseil et de l'expertise en hôtellerie et tourisme, a mesuré la chute du revenu par chambre du 1er janvier au 31 août. On relève une baisse moyenne de 55 % en France par rapport à l’année record 2019. Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont proches de -70 % ! Malgré la dégringolade globale, la France affiche le "meilleur" chiffre moyen en Europe, en dépit d’une activité divisée par deux en région parisienne…

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La tendance est inverse selon les régions : sur la période estivale, la région PACA est celle qui a vu son RevPAR augmenter le plus vite, suivie de la Bretagne et des Pays de la Loire, toujours par rapport à l’été 2019. La moyenne française de cette hausse s’élève à 15% (hors Paris) sur les trois premières semaines d’août par rapport à 2020), selon le réseau de cabinets d’audit et de conseil KPMG. A Paris, ce même revenu moyen par chambre disponible, porté par de meilleurs taux d'occupation, a progressé de 106%.

Avec (ou malgré) ces données un peu fluctuantes et pas toujours saisissables au premier coup d’oeil, l’évolution envisagée pour 2022 favorise notre pays : la France devrait (de nouveau) s’en sortir mieux que les autres en matière de revenus par chambre, sur ce segment de l'hôtellerie de chaîne.

2 commentaires sur ces données :

  • L’absence de la clientèle de groupes (touristes et entreprises) explique en partie le recul général. Stéphane Botz, associé chez KPMG Hospitality, estime que l’impact de la baisse des voyages d’affaires devrait encore s’étaler sur 18 à 24 mois, en raison des habitudes prises en matière de visio.

  • La moyenne française a été et pourrait continuer d’être "plombée" par l’Île de France, de sorte que la performance "cachée" de notre pays (c'est-à-dire, hors Paris et sa région) reste importante et même enviable. Tout n'est donc pas perdu pour la "province"; loin de là ...

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Les indépendants et la province restent protégés

Soumise à d’autres modèles de fonctionnement, l’hôtellerie indépendante, y compris les maisons d’hôtes, sort gagnante de la période 2020-2021, en s’offrant un meilleur rendement.

Moins dépendante de la clientèle lointaine et des groupes, elle a déjà retrouvé des chiffres d’affaires proches de ceux de l’avant-crise. Certains propriétaires ont même conquis des parts de marché depuis 2019, en instaurant une approche plus souple et en se montrant plus flexibles sur les prix que les chaînes hôtelières.

La comparaison vaut aussi envers les établissements de luxe, à l'image des Hôtels Baverez, situés au cœur de Paris : leur RevPar était de 70,21 euros HT au 30 septembre 2021, contre 59,7 euros au 30 septembre 2020 et 295,41 au 30 septembre 2019 : après une chute libre de 495%, la remontada est en cours, mais il y a encore de la marge !

Le RevPAR, lié au taux d’occupation des hôtels et des hébergements indépendants, est bien un moins problème pour ces derniers. Avant le Covid, pour les chambres d'hôtes, ce taux était de 30 % en moyenne, soit 110 jours par an, selon un enquête d’Accueillir Magazine. Mais les 80% affichés cet été par certains labels, en Seine-Maritime et dans l'Eure, prolongés par une fréquentation automnale réussie, explosent les 30 % théoriques.

Les expériences positives foisonnent, à l’image de celle de Franck Mathière, propriétaire de chambres d’hôtes à Mazamet, en région Occitanie : "j’ai réalisé 102 % des performances de 2020, sachant que 2020 a dépassé de 130 % les chiffres de 2019". Les témoignages optimistes ne sont pas des clichés, ils ne sont pas isolés, de sorte que jamais auparavant la géographie et le format des logements n’avaient autant compté pour l’hôtellerie.

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