À Paris, les hébergeurs tablent sur 50 à 60 % d’occupation cet été

La capitale ne sera pas vide cet été, car la promesse de fréquentation hôtelière reprend, à + 208 % par rapport à 2020, mais à -34 % par rapport à 2019 (avant-Covid). La capitale commence à remonter la pente, mais ce n’est pas la grande folie, les licenciements massifs se multiplient dans certains palaces. Pour retrouver des taux de remplissage corrects, l’hôtellerie parisienne mise sur l’arrivée des touristes américains dont les déplacements pourraient se fluidifier grâce aux vaccinations massives du pays. En "négatif" de cette situation en berne, ceux qui aimaient voyager dans un Paris quasi désert en été vont se rabattre sur les plages et les campagnes françaises.

En 2020, Paris était méconnaissable: avec les palaces de la capitale carrément fermés (le taux d’ouverture de l'hôtellerie de luxe y plafonnait à 20 %) et l'hôtellerie "medium" en berne, sans compter sur des logements AirBnB désertés au profit des campagnes, la capital offrait un paysage touristique dévasté. Au même moment, où 100 % des grands hôtels du littoral étaient accessibles, la moyenne nationale s'établissait à 68 %. Paris n’a pas profité d’un effet rebond après le déconfinement car la clientèle internationale n’est pas revenu, tandis que les locaux ont préféré la province, principalement le bord de mer. "D’après la tendance actuelle, l’année 2021 devrait présenter une répartition comparable", assure la publication "Les Carnets du luxe" qui observe les tendances sur les grandes adresses depuis toujours.

L’année dernière, toutefois, certaines chambres d’hôtes de la capitale ont formidablement tiré leur épingle du jeu; le malheur des uns faisant le bonheur des autres dans le monde cruel de l’hébergement ... et de la concurrence des territoires, exacerbée par la pandémie.

Selon toute vraisemblance (et les dernières études publiées), le rebond de l’été 2021 ne devrait pas avoir lieu avec l’intensité espérée sur Paris: la sécheresse de clients devrait malheureusement persister car l’impact négatif du Covid est toujours là et les étrangers, principal marché touristique émetteur de la ville, ne se pressent pas ou ne disposent pas encore de toutes les libertés pour le faire (en raison des restrictions imposées par les différents pays émetteurs et récepteurs).

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Des centaines de licenciements à Paris

Dans l’immédiat, les situations catastrophiques s’accumulent : certains hôtels de luxe, en dépit des aides, notamment des fleurons français, licencient massivement du personnel à Paris. Cette vague de restructurations concerne plusieurs centaines de postes, bien que ces établissements aient perçu des aides de l’Etat, parfois pour des montants dépassant plusieurs millions d'euros:

  • Le Méridien Etoile, plus grand hôtel de Paris (1000 chambres) a fermé une de ses ailes, soit 50 % de son volume d’accueil, tout en lançant un ==plan de départs volontaires de 245 emplois sur 478,
  • L’Intercontinental se sépare de 88 personnes,
  • Marriott Rive, fermé depuis mars 2020, ne rouvrira qu’en 2024 et prend congé de 260 employés, soit 95% des effectifs,
  • Westin Paris Vendôme licencie 168 de ses 367 salariés, avec des remplacements partiels en sous-traitance, notamment la conciergerie,
  • L’hôtel Meliá Paris-La Défense licencie 32 employés et en convertit 54 à la sous-traitance.

Jean-Fran-ois-RialJean-François Rial, président de l’OT de Paris / DR

7% de remplissage seulement "à date"

En marge de la situation délicate de l'emploi hôtelier, "Paris recevra jusqu’à 25 millions de visiteurs cet été" selon Jean-François Rial, président de l'Office de tourisme de la capitale (NDLR: et aussi, patron de Voyageurs du Monde). Ce chiffre est bien inférieur aux ==38 millions de 2019, mais largement au-dessus des 12 millions de 2020. La destination Paris Île-de-France a subi en 2020 une chute historique de son chiffre d’affaires touristique, avec une perte de 15,5 milliards d’euros par rapport à 2019=.

Cette année, les réservations reprennent un peu depuis l'annonce des dates de déconfinement français et européens et permet de fixer avec pruudence mais réalisme l’objectif de 50 à 60 % de taux d’occupation. Mais pour l’heure, selon les professionnels, les plannings font encore grise mine.

"On doit avoir 6 ou 7 % d'occupation pour le mois de juillet (...) mais on devrait déjà être à environ 40 % de remplissage au final", indique Jennifer Boccara, DG de l’établissement Les Jardins du Faubourg. Globalement, à l'heure où nous écrivons ces lignes, le taux de remplissage est à 6 % pour juillet et 7 % en août, selon une enquête de France Info publiée le 27 avril. Le problème majeur, c’est que certaines adresses enregistrent habituellement la moitié de leurs nuitées estivales avec des touristes américains. Mais ce public n’est pas (encore) certain de pouvoir venir. Vaccination ou pas, les voyageurs US sont frileux et la réouverture des frontières n’est ni claire, ni harmonisée, mais la carte mondiale Google des possibilités de voyages est THE outil à consulter.

Toutefois, Jean-Françis Rial assure que la capitale "va voir venir les européens", mais l’over-tourisme, ce n’est pas pour cette année (tant mieux !). Les Américains ont été encouragés à visiter la France (c’est-à-dire surtout Paris) par Emmanuel Macron himself, en direct sur CBS News, le 18 avril: "Nous sommes en train de créer un certificat européen pour faciliter les voyages (...) Nous travaillons aussi à le proposer aux citoyens américains". Depuis la semaine dernière (et les acrobaties parlementaires au sein de la majorité), le "pass sanitaire" est désormais une réalité.

Le retour des touristes américains (vaccinés) est aussi souhaité par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : "Les Américains utilisent des vaccins approuvés par l’Agence européenne des médicaments, cela permettra la libre circulation et les déplacements vers l’Union européenne" (Interview dans le New York Times, le 25 avril). Pour créer un appel d’air, Air France souhaite doubler ses vols USA-Paris lors de la saison estivale... en espérant que ça marche.

Tout n'est donc pas perdu pour les hébergeurs franciliens et, là aussi, la "dernière minute" devrait jouer à plein. Gardons les doigts croisés...

Paris doit se “concentrer sur l'expérience client”

Les crises sont toujours une occasion de se remettre en question, et le regard stratégique de Jean-François Rial mérite de l’attention. Selon ce pro, dont l'agence, "Voyageurs du Monde", est une référence en matière: "La capitale doit réviser sa politique touristique en répartissant mieux les flux, en améliorant la qualité de service et accentuant son approche environnementale". Dans le fond, on suit, à juste titre, la grosse tendance mondiale, mais aussi provinciale sur le tourisme "durable". Dans une vision idéale post-Covid, ce patron du tourisme juge qu’il faut travailler à la suppression de l’over-tourisme, pour ne pas ternir l’image de la ville. "L'attractivité de Paris reste très forte", lance ce responsable optimiste, arrivé aux manettes en mars: *"La reprise pourrait être plus rapide qu'on le croit. Le voyage de loisirs, qui représente 50 % des arrivées, va retrouver quasiment son niveau de 2019 dès que la situation sanitaire mondiale sera réglée"*. Quant au voyage d'affaires, il devrait avoir repris "aux trois quarts dès 2022". En attendant, c’est presque un reset auquel Paris est soumise, dans l’attente d’une relance liée à sa dépendance de l’international.