(Re)Boum du tourisme mondial : au mieux en 2023, au pire en 2026 ...

Certes, les effets du Covid pèseront pendant plusieurs années sur le tourisme mondial selon une étude Euromonitor parue le 9 novembre. Pour la France, qui vit depuis toujours sur son marché "local", le segment du marché touristique étranger représente 20 % du total, mais avec une forte composante "européenne", donc voisine... Face à l’adversité, le pouvoir est à l’innovation dans le domaine de l'eco-tourisme notamment. Mais l’arrivée d’un vaccin peut tout chambouler positivement.

blog-elloha-annonce-pfizser
Les 9 et 10 novembre, les requêtes tourisme et voyages ont percé sur Google en raison des annonces de Pfizer sur son anti-virus

Il a suffit d'une simple annonce - comme une éclaircie - sur la possibilité d'un vaccin efficace contre la Covid pour que, en quelques heures seulement, Google constate une progression inédite des requêtes de voyages et de tourisme sur ses moteurs .. C'est dire si les voyageurs sont dans les startings blocks pour s'évader à nouveau.

Toutefois, quand on parle de reprise du tourisme, on parle essentiellement du tourisme et des échanges internationaux; c'est-à-dire, celui qui touche principalement les grandes villes et les incontournables "spots" du patrimoine français que des voyageurs venus de très loin sont prêts à parcourir d'un bout à l'autre de l'hexagone en quelques jours seulement ...

En France, la part du tourisme "international" est de 20% ... mais, dans ces 20%, 80% des "étrangers" sont en réalité des européens venus des pays voisins comme la Belgique, l'Allemagne et ceux d'Europe du Nord. Dans un contexte de libre-circulation post-confinement, ces marchés devraient reprendre très vite comme on l'a vu ce dernier été.

Donc, quand on parle de reprise du tourisme à l'horizon 2023 - voire 2026 - et que l'on est un opérateur français hors des grandes agglomérations, pas de panique: la reprise se fera bien plus tôt et avec des résultats proches de la "normale", sinon supérieurs.

https://blog.elloha.com/tag/covid-financement/

Toutefois, à l’heure du bilan de 2020, les recettes du tourisme récepteur auront bien chuté de 49%, “dans le meilleur des cas”, d’après Caroline Bremner, responsable de la recherche sur les voyages et le tourisme chez Euromonitor International. Chez Booking, le chiffre d’affaires mondial des réservations a reculé de 47% au 3e trimestre 2020 par rapport à 2019, mais c’est mieux qu’auparavant (plongeon de 51% au 1er trimestre, 91% au 2e).

Pour des entreprises ou des destinations qui vivent principalement du tourisme international (hors pays voisins européens), selon le rapport d'Euromonitor publié le 9 novembre dernier: "Nous vivrons plusieurs années de demi-galère ou de galère tout court, car le tourisme mondial mettra 3 à 5 ans pour se redresser". Cette étude qui fait froid dans le dos est complétée par un volet “Accelerating Travel Innovations after Coronavirus”. En d’autres mots, il y a de l’espoir, mais il faudra inventer les occasions et saisir les opportunités pour s’en sortir et retrouver la santé de 2018 ou 2019… à moins qu’un labo ne trouve le remède.

Un vaccin, vite, puis des avions et des hébergements ?

Le calendrier du retour du tourisme dans le monde a ses indicateurs, mais le succès sera progressif. Pour le tourisme international reçu par les grandes agglomérations comme Paris, le retour à la normale sera long. En revanche, pour les hébergeurs qui captent les clients locaux (au sens large), français et frontaliers, la normale a déjà été atteinte l'été 2020, car il a été plutôt bon.

Euromonitor estime que la pandémie sera maîtrisée dans un an, fin 2021, mais que, toutefois, la demande touristique commencera à reprendre avant. L’arrivée d’un premier vaccin efficace, annoncée le 9 novembre par le laboratoire américain Pfizer et l’Allemand BioNTech (90 % d’efficacité) est un encouragement de taille, qui a fait grimper en flèche les actions des compagnies de croisière : Carnival Corp a progressé de 37%, contre 30 % chez Royal Caribbean Group, 26 % pour Norwegian Cruise Line Holdings, 11,3% chez The Walt Disney Co, +13,7 % chez United Airlines.
Jugez les paroles du PDG d'Expedia Group, Peter Kern : "Le jour où un vaccin sera annoncé, en lequel les gens croiront vraiment, sera notre journée de réservation la plus élevée de l'histoire". Plus certainement, donc, l'expérience meilleure que prévu de l’été 2020 pourra se reproduire au printemps 2021 si la situation se débloque : les français partiront en France et les étrangers du "Nord de proximité" (Belgique, Pays-Bas, Allemagne) viendront en France. Cette saison ressemblera aux meilleurs périodes de 2020.

Dans l’Hexagone, 45% des Français attendent un vaccin pour repartir en voyage selon une étude Booking parue en octobre… 22% prévoient même de voyager plus à l’avenir, pour rattraper le temps perdu en 2020. Mais entre la découverte scientifique et la diffusion massive d’un vaccin, il y a de la distance. Dans ce contexte d’éradication du virus, il faut donc s’attendre à une reprise intégrale du trafic en quatre ans, tandis que l'hébergement et les intermédiaires prendront encore plus de temps. Cette amélioration en deux temps est fournie par le rapport “Voice of Industry” d'Euromonitor, selon lequel l’industrie du voyage prendra du retard par rapport à la vente de biens de consommation ""classiques"". Quant à l‘avion, le retour à la normale est prévue au plus tôt pour 2024 selon le meilleur scénario, à condition que la pandémie soit terminée à l'été 2021 ou qu'un vaccin ait été trouvé d'ici là. Cette projection a été confirmée début novembre par Eurocontrol, l'organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne. Mais avec une fin de pandémie un an plus tard, soit l'été 2022, une situation équivalant à 2019 n’interviendrait qu’en 2026 (sans vaccin, ce serait en 2029).

shutterstock_1104704696
Sunde / Shutterstock

L’innovation majeure est écolo

2020 a accouché d’une gigantesque prise de conscience écolo ? C’est possible. La pandémie et son verrouillage confiné ont créé de nouvelles envies de campagne. On peut même parler d’activités de type alternatif, comme le camping sauvage, la baignade sans contrôle et la randonnée, observe Euromonitor dans 100 pays. Le Covid-19 a eu un impact énorme, en compensation de l'isolement social. En Ecosse, l’entreprise Developing Biking in Scotland s’est engagée dans un programme universitaire consacré aux bienfaits psychologiques du vélo.
Le vélo électrique fait l’objet de stratégies poussées :

  • En France, le site Web Rando Vanoise propose une carte interactive identifiant des endroits propices à sa pratique dans le parc national de la Vanoise.
  • Au Québec, la plateforme web Bicle propose aux entreprises touristiques la location de vélos électriques, en ville et à la campagne.
  • En Australie, Outback Cycling propose d’enfourcher un vélo électrique pour une tournée des microbrasseries, avec nuitée sous les étoiles.

L’agence Statista projette que le marché mondial du vélo électrique aura une valeur de 24 milliards de dollars américains en 2025, comparativement à 16,3 milliards en 2017. La pandémie booste les ventes de vélos assistés : + 87%aux mois de mars et avril aux États-Unis.

Nouveau call-to-action

Un avenir durable, vraiment

La “sustainability”, dont l’équivalent français “développement durable” est imparfait, évoque le besoin d’expériences durables fondées sur la nature et accessibles à tous, précise Simon Press, directeur général de WTM (World Travel Market). Pour autant, l’enjeu est de capitaliser sur cette “découverte” issue de la demande des clients, tout en branchant de l’ingénierie dessus : "La recherche est une composante importante de l'expérience WTM Virtual et pour l'avenir de l'industrie”, assure-t-il.
Actuellement, 65% des entreprises de voyages des pays nordiques mettent en œuvre une stratégie de développement durable (10% de plus que la moyenne mondiale). 46% se déclarent motivées par cet objectif et 80% envisagent le développement durable comme un vecteur de résilience. Attention cependant aux concepts usés, abstraits ou fumeux… Une chose est sûre : les Nordiques ont un penchant nettement plus élevé que la moyenne pour la “sustainability”, devenue un pilier des nouveaux produits et services de tourisme, grâce et à cause du Covid. Nous qui sommes plus au Sud devons tirer partie de cette observation et observer les pionniers. Regardons la région Nouvelle-Aquitaine, qui souhaite devenir la première destination en tourisme durable en France, après d’être découvert 500 itinéraires possibles. Concrètement, cela commence peut-être pour vous par identifier et mettre en valeur une ou plusieurs pistes (cyclable) autour de chez vous ... En clair, après avoir ramé durant le confinement, il va falloir pédaler !