Plan tourisme et été 2020: c'est parti !

Ouf ! Il y aura bien des vacances cet été et les français pourront aller partout en France et dans les Dom-Tom. Et les bars et restaurants, après les plages, devraient pouvoir rouvrir sous conditions. Des conditions pas encore réunies pour certains hôteliers puisque l'Etat n'a pas validé le protocole sanitaire. Sur le plus long terme, entre l'annulation des charges, la mise en place d'aides aux fonds propres, le chomage partiel et d'autres mesures, l'Etat annonce mettre sur la table 18 Milliards d'euros ... Ça c'est pour le moyen et long terme.

Oui,"les français vont pouvoir partir en vacances cet été, au mois de juillet et au mois d'août ! Ils peuvent donc prendre leurs réservations ...". Ça c'est la bonne nouvelle du jour qui vient donc confirmer que les pros du tourisme peuvent s'apprêter à entendre à nouveau sonner les notifications de réservations qu'ils reçoivent depuis leur plateforme de vente en ligne.

Lire les mesures détaillées dans le communiqué de Matignon

Quelques minutes auparavant, dans la prudence qui le caractèrise, Edouard Philippe avait quand même déclaré : "Il n’y a pas beaucoup de certitudes à ce sujet (NDLR: les vacances d'été), compte tenu de tout ce que nous ne savons pas sur l’évolution du virus. Mais nous voulons fixer un cap, et ouvrir les horizons."

Car les pros comme les vacanciers avaient besoin de ce signal pour sentir très vite quelle tournure allait prendre la prochaine saison estivale : pas de vacances du tout, a minima, près de chez soi, à l'autre bout de la France, dans le reste de l'Europe, partout ailleurs à l'étranger ..."


Edouard Philippe, à Matignon, le 14 mai 2020. POOL / REUTERS / Le Monde

De notre point de vue, ce sera donc des vacances en France modulo "quelques possibles restrictions très localisées" en fonction de l’évolution de l’épidémie de coronavirus. Et Edouard Philippe de préciser: "Quand je dis en France, c’est évidemment en métropole, dans l’hexagone et dans les outre-mer". Ouf ! Pour nos territoires éloignées (à l'exception de Mayotte, toutefois).

Autre probabilité, les vacanciers du reste de l'Europe seraient a priori autorisés à se rendre dans la destination de leur choix (dans un grand nombre de pays de l'espace Schengen), si l'on en croit les discussions en cours, ce matin encore, entre les commissaires européens (Thierry Breton en tête) et les responsables gouvernementaux.

Selon toute probabilité, les allemands, les belges et les européens du nord devraient pouvoir migrer vers le sud de l'Europe à partir du 15 juillet au plus tard. Là aussi, des annonces devraient intervenir dans les prochains jours. Toutefois, ce soir, Bruno Le Maire, le ministre des finances douchait un peu les espérances en déclarant qu'il "était encore trop tôt pour dire si les voyageurs français pourront partir en Europe ...". Une affirmation à interpréter dans le sens de la réciprocité ... et donc, peut-être, pour recevoir des européens en France. Comme vous le voyez, la situation n'est pas près de se clarifier pour quelques jours encore.

En conséquence, la "taille du marché" pour cet été ne devrait pas trop être entamée puisque l'on sait que les voyageurs - étude après étude - sont disposés à partir en vacances cet été ... mais pas à n'importe quelles conditions.

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Des bars et des restaurants ouverts près de chez vous

Si le discours du Premier Ministre ne concerne pas que les conditions de départ des français (voir plus bas), cette annonce - qui lève une sérieuse hypothèque sur l'ampleur des migrations de vacanciers - reste, finalement et immédiatement, la plus importante pour les professionnels qui n'ont qu'une hâte: recommencer à travailler et à recevoir des clients.

Mais, attention, comme l'a rappelé le Premier Ministre, les français (et plus largement, les européens) doivent pouvoir désormais se projeter sur leurs vacances d'été et donc, réserver leur séjour seulement parce que "les acteurs du tourisme, de l’hôtellerie, se sont engagés à faire en sorte qu’ils soient intégralement remboursés dans l’hypothèse où l’évolution de l’épidémie ne rendrait pas possible le départ en vacances ..."

Ce point est majeur car il est au centre de la préoccupation des vacanciers (ne pas perdre d'argent en cas d'annulation impromptue) et s'assurer de se rendre dans des endroits où la sécurité est garantie du point de vue sanitaire, comme le démontrent études après études. C'est donc le moment, pour vous, dans vos communications et dans vos offres de vous affirmer très largement sur ces points. C'est le préalable avant même toute notion de prix ...

Sous la houlette de Sébastien BAZIN, le CEO du groupe Accor, le Premier Ministre a rappelé que les hébergeurs français préparaient "les protocoles qui permettront de réouvrir dès que cela sera possible. Nous aurons les réponses des autorités sanitaires au cours de la semaine du 25 mai, sur les dates et les modalités de réouverture des secteurs touristiques". Action-Réaction : ne pas relâcher vos efforts en la matière car le principe de précaution absolue primera sur tout ...

Toutefois, pour Laurent DUC, le patron de la branche hôtelière de l'UMIH (et qui était intervenu sur les webinaires elloha), interrogé par Tourmag: "Pour le moment, (le premier ministre) n'a pas validé nos engagements, car nous avons un problème sur la distanciation sociale, entre ce que nous proposons et ce que réclame la haute autorité de la santé. Ce qui est demandé aux hôtels est impossible à tenir, pour le moment. Cela découle sans doute du comportement depuis le déconfinement."

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L'autre grande nouvelle qui conditionne forcément la "saveur" de l'été 2020 est la possible ré-ouverture des bars et des restaurants, à compter du 2 juin et seulement dans les zones "vertes"; ce qui exclut, pour l'instant l'Ile de France, les Hauts de France et le Grand Est.

Pour les autres régions, cette ouverture -qui sera forcément soumise à des contraintes opérationnelles très forte pour faire respecter les gestes barrières et la distanciation sociale - va redonner des "couleurs" aux destinations françaises : un été sans bars, ni restaurants ne serait pas vraiment un été comme on les aime ... surtout, après 10 semaines de confinement et de cuisine "forcée", à raison de trois repas par jour pour sa tribu ;-)

Toutefois, là aussi, la prudence doit rester de mise car cette date du 2 juin ne sera confirmée que d'ici la fin du mois; ce qui laisse le temps aux restaurateurs de peaufiner leurs dispositifs d'accueil (espacements, réservation en ligne, ventes à emporter, terrasses, etc ...) puisque rien ne dit que l'ouverture ne sera pas organisée sans condition et sans autorisation au cas-par-cas sur la base d'un respect strict de protocoles d'accueil, comme c'est déjà le cas en Espagne, en Allemagne ou dans les pays d'Europe du Nord.

Comme l'a souligné Edouard Philippe, il va falloir compter sur 3 temps :

  • le temps très court de l’urgence et "il faut passer cette urgence"; preuve que nous sommes encore dans ce temps
  • "le temps moyen du déconfinement"; qui va donc probablement durer durant les prochaines semaines estivales,
  • "et le long terme, c’est-à-dire le temps de la reconquête de la place de la France au premier rang du tourisme mondial"; ce qui nous renvoie au moins à une date ultérieure à la découverte d'un vaccin ... Cette date, selon les spécialistes mondiaux, nous renvoie très probablement après l'été 2021. Pendant ce temps, cela veut dire que si chacun s'organise bien, il peut adapter correctement son business au marché national et en profiter pour consolider ses bases.


A Amsterdam, la distanciation sociale peut prendre des aspects vraiment inédits quand les restaurants veulent ouvrir coûte-que-coûte.

Un PGE "saisonnier"

Autre annonce importante, pour rentrer dans le dur (les finances !), l'Etat va créer des prêts spécifiques au secteur hôtellerie-restauration-tourisme. Le Premier Ministre l'a même qualifié de "*Prêt garantis État Saison" (avec des) conditions seront plus favorables que celles du PGE classique, avec notamment un plafond pouvant atteindre le chiffre d’affaires des trois meilleurs mois de l’année précédente."

Il est important de rappeler que dans le PGE normal, le plafond est fixé à 25% du chiffre d’affaires; ce qui ne prenait pas forcément en compte le caractère saisonnier des revenus. Cette mesure est qualifiée "d'excellente nouvelle" par Edouard Philippe.

Côté BPI France, l’enveloppe des « prêts Tourisme » sera portée de 250 millions à 1 milliard d’euros tandis que le Premier Ministre a annoncé que "les banques se sont engagées à systématiquement proposer aux PME du secteur un report des mensualités de tous leurs prêts sur 12 mois et non plus simplement sur 6 mois comme aujourd’hui".

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Des charges allégées mais pas d'abaissement de la TVA

Comme demandé par nombreuses organisations professionnelles, le Premier Ministre a ensuite indiqué que "les cotisations sociales patronales dues entre mars et juin seront exonérées pour les entreprises du secteur hôtellerie-restauration-tourisme, et l’exonération sera prolongée tant que la fermeture durera".

Par ailleurs, un crédit de cotisations de 20% des salaires versés depuis février sera accordé aux entreprises pour accompagner la reprise d’activité. Ce crédit sera imputable sur l’ensemble des cotisations dues. Pour le chef du gouvernement, cette mesure représente une aide de plus de 2 milliards d’euros au secteur, dans un ensemble d'autres aides qui devraient représenter peu ou proue jusqu'à 18 Milliards d'euros en faveur du tourisme.

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3 Milliards € en investissements directs ...

Passées ces deux annonces importantes (que les français pourront partir en vacances en juillet et en août et que les bars et restaurants vont rouvrir en juin sous conditions), le Premier Ministre a décliné les grandes lignes du plan de relance de la filière tourisme tel que validé en Conseil Interministériel au Tourisme, ce matin :

  • pour rappel, Edouard Philippe a précisé que "6,2 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) ont déjà été pré-accordés à 50 000 entreprises du tourisme, soit près de 10% du total des PGE",
  • 3 Milliards d'euros (à investir entre maintenant et 2023) seront mobilisés via BPI France et la Banque des Territoires pour financer des projets de relance du tourisme: il s'agira de prêts et de fonds d'investissements destinés aux entreprises et aux porteurs de projets publics et privés pour renforcer capitalistiquement des sociétés ou créer de nouvelles offres (voir plus bas),
  • sur le plan social, ensuite, le recours à l’activité partielle (ou chômage partiel) est étendue jusqu’à fin 2020 pour les entreprises du tourisme et de l’évènementiel qui en feront la demande. Si cette mesure vise d'abord les organisateurs de grands évènements qui ont dû annuler voire reporter leurs dates, il concerne largement tous les acteurs du tourisme qui ne reprendraient qu'à "faible voilure" cet été,
  • enfin, l’accès au fonds de solidarité (qui peut monter jusqu'à 10.000 euros), pour les entreprises du secteur sera prolongé jusqu'à fin septembre. Cette prolongation concerne donc les cafés, hôtels, restaurants, les pros de l’événementiel, du sport et de la culture. Ce fonds, pour rappel, est accessible aux entreprises "qui ont jusqu’à 20 salariés et jusqu’à 2 millions d’euros de chiffre d’affaire, ce qui n’était pas le cas dans le fonds de solidarité tel qu’il existait jusqu’à présent".

En dépit de demandes répétées de la profession, le gouvernement n’a rien concédé sur la TVA que plusieurs restaurateurs souhaitaient voir abaissée à 5,5 %. En revanche, "pour soutenir la demande et inciter les Français à retourner dans les restaurants lorsqu’ils pourront rouvrir, le plafond journalier des tickets-restaurants sera doublé, à 38 euros, et leur utilisation sera autorisée les weekends et jours fériés, jusqu’à fin 2020".

1,3 Milliards en fonds propres

"Aider la trésorerie c’est important, mais il faut également permettre le redémarrage de l’investissement, c’est pourquoi un plan d’investissement accompagne ce plan global que je présente. Un plan d’investissements en fonds propres de 1,3 milliard d’euros sera porté par la Caisse des dépôts"

Lors de la précédente réunion - sous la houlette du Chef de l'Etat avec les professionnels du tourisme - la possibilité d'intervenir au capital des entreprises du tourisme avait été évoquée comme une piste sérieuse. Si l'on en croit les déclarations du Premier Ministre, en investissant 1,3Md€ dans les entreprises, ces derniers "devraient générer 6,7Md€, en attirant d’autres capitaux, privés, sur le secteur".

Il est donc question de co-investissement au capital des entreprises (on parle de 2000 entreprises visées) mais, sous la réserve que d'autres investisseurs (publics ou privés) interviennent dans les opérations. Ce peut être aussi le cas de banque, via des prises de participation directe. Ce processus risque d'être un peu éloigné des objectifs énoncés précédemment comme le fait de créer un fonds d'investissement dans le capital des "bistrots et des restaurants"; une mesure qui, de toute façon, s'avérait compliquée à mettre en oeuvre compte tenu du nombre d'opérateurs établis sous des formes légères d'entreprise, un format bien éloigné des environnements ultra-vérrouillés des levées de fonds ...

En ce qui concerne le porte-monnaie des pros, l'Etat implique aussi les collectivités en proposant que la prochaine loi de finance rectificative leur permette de prévoir des allègements de taxe de séjour ainsi qu’un dégrèvement des deux tiers de la cotisation foncière des entreprises du secteur. Dans ce cas, Edouard Philippe a indiqué "que l’Etat financera alors pour moitié. Il s’agit d’inciter les collectivités territoriales et singulièrement les municipalités, les communautés d'agglomération ou communautés de communes, à prendre des mesures et de les accompagner pour qu’elles puissent les prendre et aider les entreprises du secteur". Donc, sur ce plan très regardé par les pros, l'Etat ne paiera que la moitié de l'addition. Aux élus de s'engager ou pas, localement, sur cette voie. Pour rappel, la taxe de séjour représente un volume de 365 Millions d'euros par an et elle participe, en grande partie, au financement des organisations de type "office de tourisme".

Autres mesures annoncées

Parmi les mesures complémentaires annoncées par Edouard Philippe :

  • le doublement du plafond d’utilisation des tickets-restaurants et la possibilité de les utiliser le week-end, dans un but d'accompagner la reprise pour les restaurateurs et de purger tous les tickets-restaurants non-utilisés tous ces derniers mois,
  • "Le gouvernement va mettre en œuvre dans les jours qui viennent un plan plus particulièrement consacré au tourisme social pour faire en sorte que tous ceux qui ont vécu, dans les conditions parfois les plus dures, le confinement, puissent avoir un accès plus facile à des déplacements, des voyages, des opérations de tourisme social".

Pour ces mesures spécifiques et un calendrier plus précis quant à l'ouverture des bars et restaurants, des départs en vacances, des réouvertures des lieux de loisirs, rendez-vous est donné au 25 mai pour un nouveau point presque final avant le lancement de la saison, "pour fixer rapidement les dates de réouverture et la façon dont les choses vont progresser en maîtrisant l’épidémie mais en ayant confiance que nous allons pouvoir reprendre notre vie" a conclu le Premier Ministre.

En introduction de son 5ème CIT depuis sa nomination, Edouard Philippe avait rappelé que "le tourisme fait probablement face à la pire épreuve de son histoire moderne, alors même que c’est un des fleurons de l'économie française. Son sauvetage est une priorité nationale".