L'Organisation Mondiale du Tourisme recommande de revoir la fiscalité du tourisme

Et si la crise actuelle accélérait une mutation des fiscalités, notamment celles liées au tourisme ? Dans ses préconisations pour sortir rapidement de la crise et aider les entreprises du tourisme à recouvrer une santé solide, l'OMT recommande de "réexaminer les taxes, redevances et droits et la réglementation ayant une incidence sur les transports et le tourisme". Cette recommandation, sans le vouloir, pourrait donner du grain à moudre aux groupements de professionnels qui réclament déjà une remise sur les taxes de séjour (forcément à la baisse) à percevoir dans les prochains mois ...

Pour l'OMT (qui adresse ses recommandations aux différents états et aux organisations professionnelles de chaque secteur du tourisme): "Le secteur des voyages et du tourisme a besoin d’un soutien urgent et de dispositifs d’atténuation spécifiques pour soutenir l’emploi et faire que le marché ait la capacité voulue au sortir immédiat de la crise". A ces fins, l'organisation mondiale publie un mémento regroupant 23 propositions que chaque pays sera libre de mettre en oeuvre ou non.

Partant du constat que "des grandes compagnies aériennes jusqu’aux
petits hôtels en milieu rural, le secteur est au point mort"
, l'OMT recommande une série de mesures fortes que les pays appliqueront différemment les uns des autres car "la capacité des pays de faire face à cette crise inédite et de se relever va aussi varier considérablement".

Pour l'OMT, ces mesures s'imposent d'autant plus que "les crises passées ont montré la capacité que possède le tourisme de rebondir rapidement et avec force après un choc extérieur et de souligner qu'il est primordial "d'atténuer l’impact de la crise et stimuler le redressement du tourisme (car cela) peut produire d’immenses bénéfices pour l’ensemble de l’économie".

Téléchargez le mémento des recommandations de l'OMT (en français)
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Dans l'ordre, les propositions de l'OMT se divisent en trois grandes parties : la gestion de la crise et l'atténuation de l'impact, les mesures de redressement et l'accélération du redressement, puis enfin, "préparer demain".

  1. Fournir des incitations au maintien des emplois, soutenir l’activité des travailleurs indépendants et protéger les groupes les plus vulnérables,
  2. Soutenir la trésorerie des entreprises,
  3. Réexaminer les taxes, redevances et droits et la réglementation ayant une incidence sur les transports et le tourisme,
  4. Assurer la protection des consommateurs et la confiance,
  5. Promouvoir l’acquisition de compétences, surtout de compétences numériques,
  6. Inclure le tourisme dans les dispositifs économiques d’urgence aux niveaux national, régional et mondial,
  7. Créer des mécanismes et des stratégies de gestion des crises,
  8. Fournir des incitations financières à l’investissement et à l’exploitation touristiques,
  9. Réexaminer les taxes et redevances et la réglementation ayant une incidence sur les voyages et le tourisme (NDLR : ceci n'est pas une erreur par rapport au point n°3, voir plus bas),
  10. Faire progresser la facilitation des voyages,
  11. Promouvoir les nouveaux emplois et l’acquisition de compétences, en particulier numériques (NDLR: idem),
  12. Prendre en compte la durabilité environnementale dans les dispositifs de relance et de redressement,
  13. Connaître le marché et agir rapidement pour rétablir la confiance et stimuler la demande,
  14. Donner une impulsion au marketing et aux événements et réunions,
  15. Investir dans les partenariats,
  16. Faire une place au tourisme dans les programmes de redressement nationaux, régionaux et internationaux et dans l’aide au développement,
  17. Diversifier les marchés, les produits et les services,
  18. Investir dans les systèmes d’analyse des marchés et la transformation numérique,
  19. Renforcer la gouvernance du tourisme à tous les niveaux,
  20. Se préparer aux crises, améliorer la résilience et veiller à inclure le tourisme dans le mécanisme et les systèmes d’urgence nationaux,
  21. Investir dans le capital humain et la mise en valeur des talents,
  22. Inscrire solidement le tourisme durable parmi les priorités nationales,
  23. Passer à l’économie circulaire et s’approprier les ODD (NDLR: Objectifs de Développement Durable).

Comme vous l'aurez certainement noté, deux items reviennent dans les 3 grandes orientations préconisées par l'OMT: le fait de réexaminer les taxes, redevances et droits et la réglementation ayant une incidence sur les transports et le tourisme et d'encourager les professionnels et les organisations du tourisme à investir dans les systèmes d'analyse des marchés et la transformation numérique que la situation post-crise va rendre plus-que-vitale pour de nombreuses entreprises du tourisme partout dans le monde.

Ces deux points sont d'autant plus majeurs que l'OMT les liste dans la catégorie des actions à entreprendre immédiatement pour atténuer le choc et accélérer la reprise. Les états sont donc invités à prendre des mesures fortes et déterminantes pour leur industrie touristique qui, on le sait, est atomisée en des dizaines de milliers de "petits" producteurs, en plus des très grandes compagnies aériennes, hôtelières ou autres.

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La question de l'avenir de la taxe de séjour - du moins, à court terme - semble être posée ou, en tous cas, légitimée par cette préconisation (NDLR: attention, l'OMT ne vise pas spécifiquement la taxe de séjour) mais le principe de revoir la fiscalité touristique commence sérieusement à agiter de nombreuses organisation syndicales qui considèrent que l'exemption de son versement constituerait une aide importante pour les professionnels. En France, en effet, la collecte de la taxe de séjour représente une masse de 365 Millions d'euros selon les derniers chiffres de la commission des finances de l'Assemblée Nationale.

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