Étude HOTREC : Google Hotels, le canal qu’un hôtel indépendant ne peut plus ignorer
Selon l’étude HOTREC, les OTA stagnent autour de 30 % des réservations, mais Google Hotels continue de monter. Pour un hôtel indépendant ou une maison d’hôtes, c’est un canal à piloter, pas à subir.
Selon l’étude de distribution hôtelière de HOTREC, 87 % des hôtels utiliseraient les services de Google, loin devant les autres comparateurs. En clair, une part de vos réservations, directes comme indirectes, se joue sur une page que peu d'hôtels parviennent à maîtriser correctement …
La dernière étude de HOTREC, l’association qui représente l’hôtellerie auprès des institutions européennes, repose sur une large enquête auprès de ses membres, menée par un universitaire indépendant. Certes, ces données concernent toute l’Europe, mais le constat vaut aussi pour la France : mêmes voyageurs, même moteur de recherche, mêmes règles européennes.
Une répartition stable depuis dix ans, mais pour combien de temps ?
Premier enseignement : la distribution hôtelière serait arrivée à maturité. Les canaux directs (site de l’hôtel, téléphone, clients qui se présentent sans réservation) représenteraient plus de 50 % des réservations, et l’ensemble des agences en ligne (OTAs) environ 30 %, sans tendance nette depuis dix ans. Les 20 % restants viendraient surtout des agences de voyages traditionnelles.
Cette stabilité étonne, puisqu’une nouvelle génération de voyageurs, supposée avoir d’autres habitudes en ligne, est arrivée entre-temps. Comme quoi, la Génération Z ne réserve peut-être pas si différemment des Millennials. Cependant, l’intelligence artificielle pourrait rebattre les cartes : de nouveaux outils changeraient donc déjà la façon de chercher un hôtel, et demain de le réserver.
Pourquoi Google Hotels a grimpé si vite depuis 2013 ?
Un comparateur de prix hôtelier (ou métamoteur) permet de confronter, pour une même chambre, les tarifs de plusieurs vendeurs avant de réserver chez une agence en ligne ou sur le site de l’établissement. Sur ce terrain, Google Hotels affronte d’autres plateformes. Mais il dispose d’un atout que personne d’autre n’a : il s’affiche en bonne place sur la page de résultats de Google, un moteur qui pèserait plus de 90 % du marché dans la plupart des pays, d’après l’auteur de la tribune.

Ce favoritisme envers ses propres services (le self-preferencing) expliquerait, selon eu travel tech, l’essor de Google Hotels depuis 2013, que l’étude HOTREC met en évidence. Autrement dit, ce comparateur ne gagnerait pas du terrain en innovant davantage que ses concurrents, mais en s’appuyant sur la puissance de son moteur de recherche.
87 % des hôtels : quand la dépendance devient la règle
Toujours selon l’étude, Google serait devenu « la porte d’entrée principale » pour obtenir du trafic, aussi bien pour les hôtels que pour les agences en ligne. Cette dépendance s’ajoute à celle qui existe déjà envers le moteur de recherche lui-même et ses services publicitaires.
Pour un hôtel indépendant ou une maison d’hôtes, ce constat change donc la hiérarchie des priorités : Google n’est plus un simple moteur de recherche, c’est un canal de distribution à part entière. Il ne s’agit pas de l’opposer aux OTAs, mais de comprendre qu’un voyageur qui compare peut passer par cette page avant de choisir entre une agence en ligne et votre site.
Or un établissement indépendant n’a ni service dédié ni poids de négociation comparable à celui d’une chaîne. Mieux vaut donc être présent, complet et à jour là où l’on compare, plutôt que de découvrir le problème quand les réservations directes s’essoufflent …
Réglementation européenne : un espoir, pas une stratégie
Ce favoritisme reste, cependant, jugé anticoncurrentiel depuis 2018 et l’affaire Google Shopping. Il est donc interdit par l’article 6.5 du règlement européen sur les marchés numériques (DMA) depuis 2024. L’auteur rappelle que la Commission européenne a infligé en juillet une amende de 470 millions d’euros à Google, assortie de 60 jours pour se mettre en conformité, sous peine de sanctions périodiques. Selon lui, le délai est écoulé et Google refuserait toujours de se plier pleinement aux règles.
Que l’application du DMA avance vite ou lentement, un établissement indépendant ne peut donc pas attendre qu’un arbitrage bruxellois rééquilibre sa visibilité. La seule marge de manœuvre, c’est la sienne, et elle se travaille dès maintenant.
Cinq réflexes pour exister sur Google sans lui appartenir
Un conseil : traitez Google comme un canal à part entière, avec un suivi et des objectifs, et non comme une vitrine que l’on remplit une fois pour toutes. Voici par où commencer:
- Complétez votre fiche d’établissement : description, photos récentes, équipements, horaires de réception, lien vers votre site. Une fiche lacunaire décourage avant même la comparaison.
- Transmettez des tarifs et des disponibilités fiables, mis à jour en temps réel, grâce à des outils de distribution connectés comme elloha. Ainsi, votre site officiel a toutes les chances d’apparaître dans les comparatifs de prix avec les bonnes informations.
- Offrez au voyageur une raison de réserver en direct : tarif au moins équivalent à celui des OTAs, petit-déjeuner offert, politique d’annulation flexible (aussi appelée “sans conditions”), surclassement selon disponibilités.
- Répondez à tous les avis, y compris les plus critiques (et ce n’est pas un détail), et invitez les clients satisfaits à partager leur expérience.
- Mesurez vos sources : demandez à chaque client comment il vous a trouvé et suivez l’origine du trafic vers votre site, afin d’arbitrer entre Google, OTAs et réservation directe.
Ni dépendre de Google, ni l’ignorer : l’équilibre à trouver
L’étude dessine, cependant, un paysage rassurant en apparence : plus de la moitié des réservations resterait en direct, et les OTAs ne progressent pas. Mais la porte d’entrée, elle, se déplace. Le vrai enjeu n’est plus seulement de choisir entre OTAs et réservation directe, mais de maîtriser la manière dont votre établissement apparaît quand le voyageur compare.
Pour y parvenir, il faut être équipé : tarifs synchronisés, moteur de réservation simple, capacité de proposer des extras en ligne (upselling) dès que le client arrive sur votre site. Les établissements qui s’y mettent maintenant prendront une longueur d’avance, quelle que soit l’évolution de l’intelligence artificielle ou de la réglementation.