Google pourrait-elle devenir la prochaine grande OTA
Google et OpenAI transforment désormais leurs réponses en écrans interactifs, sans qu’aucun site d’hébergeur n’y apparaisse pour l’instant. Reste à savoir si Google deviendra une OTA sur sa page de résultats, et comment préparer vos réservations directes.
Et si la préparation d'un week-end et, au lieu d’une liste d'hébergements comme le proposent traditionnellement les OTAs, se matérialisait bientôt par un écran composé sur mesure, avec carte, tableau et boutons ? Une réalité que Google vient de déployer via une "interface générative" implantée dans son mode IA. Pour l'instant, le test n'est qu'en anglais mais est déjà déployé à l’échelle mondiale en étant aussitôt "suivi" par OpenAI depuis le le 7 octobre. En clair, la bataille pour vos réservations pourrait se jouer sans que votre site soit même visité…
Cette annonce n’a rien d’un simple gadget technique. Dès lors qu’une réponse se change en petit outil interactif, une question ancienne revient : où se fait, finalement, la réservation, et est-ce-que quelqu'un touche - là aussi - une commission ?
Quand la réponse devient une mini-application
Par "interface générative", on entend donc une réponse que l’IA compose sous forme d’écran (graphiques, boutons, cartes, petit outil) plutôt que sous forme de texte ou de liste de liens. Google l’a d’abord intégrée à son mode IA, l’onglet conversationnel de sa recherche, avec Gemini 3 le 18 novembre 2025. Il a ensuite promis de la généraliser lors de sa conférence I/O, le 19 mai 2026.
D’après Search Engine Journal, ces fonctions étaient disponibles dans le monde entier, en anglais, dans le mode IA au 19 août 2026, et commençaient aussi à arriver dans les AI Overviews, les résumés affichés en haut des résultats. Les exemples fournis par Google restaient, jusque là, assez scolaires.
OpenAI a lancé de son côté sa propre version, « Intelligent UI », avec GPT-6, le 7 octobre dernier: le déploiement a eu lieu le jour même sur la plupart des offres payantes de ChatGPT, puis le lendemain sur les offres gratuites. Parmi ses exemples figure, cependant, un road trip tracé sur une carte, un cas qui parle forcément au secteur du tourisme.
Certes, le déploiement évoqué s'est d'abord fait en anglais, et rien n’indique à quelle date le français sera servi. Pourtant, les voyageurs français utilisent déjà les mêmes moteurs et les mêmes assistants. La nouvelle logique de distribution vaut donc pour les établissements et les prestataires d’activités de l’hexagone : mieux vaut anticiper que découvrir l’évolution une fois qu’elle sera là.
Pas encore de site d’hébergeur dans ces écrans
Pour l’instant, ni Google ni OpenAI n’ont montré, dans une interface générée, les chambres d’un hôtel, les horaires d’une activité ou les produits d’une boutique. Toutefois, les exemples reposent sur ce que l’IA sait déjà. Google assure ainsi que ses réponses comportent des liens vers des contenus de qualité, mais ces liens se placent à côté de l’interface, pas à l’intérieur.
Google a toutefois évoqué de petites applications que chacun pourrait bâtir dans la recherche « dans les mois à venir », en s’appuyant sur des avis, des cartes en direct et des données locales comme la météo. Il ne dit pas, pour l'instant, de quels avis il s’agit. Pour un établissement, la question n’est donc pas un détail : ses avis et ses informations locales pourraient alimenter ces écrans.
Reste l’audience: Google cite plus de 2,5 milliards d’utilisateurs actifs mensuels pour les AI Overviews et plus d’un milliard pour le mode IA, et OpenAI revendique plus de 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT. Ce sont toutefois les audiences des produits, pas le nombre de personnes qui voient réellement une interface générée, et aucune des deux entreprises ne l’a encore chiffré.
Pourquoi les plateformes veulent garder le voyageur chez elles
Une interface générative retient l’utilisateur plus longtemps, voire jusqu’au bout de son parcours. Et donc, si la réponse contient déjà la carte, le tableau comparatif et le bouton, pourquoi cliquer vers un site ? Ce mécanisme ne concerne pas seulement Google : OpenAI s’y met aussi, comme toutes les plateformes qui construisent ce type d’outil.
Les hébergeurs connaissent bien cette mécanique. Avec les OTAs, la visibilité s’obtient contre une commission, et la relation avec le client passe en partie entre d’autres mains. Le risque serait donc de voir se répéter ce schéma, cette fois sur la page de résultats elle-même.
Et si Google devenait une OTA sur la page de résultats ?
Selon plusieurs spécialistes, Google chercherait forcément à monétiser ces écrans, par une commission, des placements payants ou les deux. Ce serait, selon une majorité d'entre eux, le modèle économique d’une OTA transposé à la page de résultats.
Certes, la moitié « placements payants » existe déjà (ce sont les liens sponsorisés). D'ailleurs, lors de son événement annuel de 2025, Google annonçait étendre les publicités dans les AI Overviews et les tester dans le mode IA. En revanche, aucune commission sur des réservations faites dans une interface générée n’avait été annoncée.
Pour l'heure, les interfaces génératives n’affichent pas encore de données d’hébergeurs, et leur modèle économique reste encore à écrire. Mais l’histoire des OTAs a appris une chose aux professionnels du tourisme : ce qui n’est pas anticipé finit toujours par se négocier au prix fort.
Le meilleur moment pour consolider votre canal direct, soigner vos avis et clarifier vos informations, c’est donc maintenant, avant que le voyageur ne réserve dans un écran que vous ne contrôlez pas.