"Faux" direct et nouvelles promos : comment Airbnb anticipe la vague IA
Et si la commission OTA à moins de 10% devenait la norme ? Face à des réservations directes croissantes amplifiées par les moteurs IA (lire notre article), les OTAs prennent à cœur de préserver le modèle économique qui a fait leur fortune. Y compris, en occupant le créneau ultra-stratégique de la "réservation directe" ... comme le teste, depuis quelques semaines, Airbnb avec une toute nouvelle fonctionnalité : des liens réservés aux hôtes, associés à une commission réduite oscillant entre 6 % et 10 % (au lieu des 15,5 % habituels).
Sur le papier, l'offre a de quoi séduire. Si vous êtes un hébergeur touristique et que vous n'avez pas très envie d'investir sur votre propre moteur de réservation, il vous suffira juste de placer, sur votre site, le lien de réservation "directe" proposé par l'OTA pour offrir un parcours de réservation de qualité et professionnel à vos clients "directs". Seulement, voilà, même s'il vous concède une commission plus basse qu'à l'accoutumée, l'OTA ne fait pas ce travail gratuitement et, juste pour vous dépanner. En effet, selon l'OTA (car Airbnb n'est pas le seul à y penser ou à s'y lancer), cette aubaine se transformera vite en contrainte financière, légale et commerciale (puisque les clients concernés ne seront plus les vôtres). Pour les détracteurs de cette méthode (et ils sont nombreux), ce qui s'apparente à un simple "service" au début peut rapidement devenir une dépendance dangereuse pour un opérateur touristique puisque "les plateformes qui font ça, vous proposent ensuite d'aller prospecter vos propres clients sur vos réseaux sociaux ou vos e-mails, pour ensuite... leur demander de réserver sur leur propre système !".
L'ombre de l'IA et la peur du "vrai" direct
Pourquoi le géant américain sort-il cette carte maintenant ? La réponse tient en deux lettres : IA. Car, avec l'essor des assistants intelligents capables d'organiser des voyages sur-mesure et d'interroger directement les moteurs de réservation des propriétaires, les OTAs voient poindre une menace inédite et difficile à contenir (les propriétaires des moteurs IA ayant vraisemblablement moins de pudeurs que Google a préserver les intérêts des OTAs).
Autre biais et non des moindres : dans un futur proche, l'IA pourrait bien démocratiser l'accès aux sites "en direct" des hébergeurs, ce qui réduira d'autant l'hégémonie des plateformes. Cependant, personne ne sait encore "à quels coûts" ... pour le propriétaire ?
C'est, donc, pour contrecarrer ce risque, qu'Airbnb tente d'occuper le terrain du "direct" avant qu'il ne s'émancipe vraiment. La stratégie est indiscutable du point de vue de l'OTA pour qui (comme pour les autres OTAs) l'accès au catalogue et aux disponibilités en temps réel est un préalable pour réussir son business et sa croissance. L'objectif est limpide : rester l'intermédiaire obligatoire; le distributeur principal au cœur de chaque transaction. Et si un hôtel ou une maison d'hôtes a peu de chances de "tomber dans le panneau", un propriétaire de meublé pourrait y être plus sensible (aucun investissement technologique même si le coût n'est plus un sujet, aucun effort marketing supplémentaire, des frais tout compris, etc). Chez les propriétaires qui ne vivent pas de leurs locations et qui, par conséquent, sont moins sensibles aux sujets d'indépendance commerciale et de préservation des marges, l'offre peut séduire en effet. Encore moins chez les propriétaires qui se soucient peu de savoir à qui appartient, in fine, le client qui est venu dormir chez eux (dans le cas de ce "direct", il appartiendra bien à Airbnb).
Le fantôme de BookingSuite : l'histoire se répète-t-elle ?
Cette tentative de "confier son direct à un OTA" n'est pas une première dans le secteur touristique. Les plus anciens se souviendront sans doute de l'épisode BookingSuite.
En 2014, Booking avait racheté à bras le corps plusieurs pépites technologiques (Buuteeq, PriceMatch) pour proposer aux hôteliers d'éditer leur propre site web direct. L'argument était similaire : moderniser les outils des professionnels contre un coût à l'usage (via une commission réduite).
L'expérience s'est soldée par l'arrêt complet du service 5 ans plus tard. La raison ? Les opérateurs touristiques (principalement, des hôtels et des maisons d'hôtes) ont rapidement refusé de "laisser les clés du camion" au distributeur. Ils ont compris qu'on ne peut pas confier la création de son canal direct à celui dont le modèle économique repose sur la commission et la distribution "indirecte".
6 % de commission, vraiment rentable ?
Acheter la sérénité du module de paiement et de l'assurance AirCover pour 6 %, c'est une option qui se défend pour un dépannage ponctuel (notamment face à ce client indécis qui ne jure que par Airbnb). Mais sur le long terme ?
Sur Airbnb (en mode "lien direct" à 6 %) : Pour 20 000 € de chiffre d'affaires généré par votre propre effort, vous reverserez 1 200 € de commission à la plateforme sans toutefois posséder le fichier client.
Via un site et un moteur de réservation "direct" indépendant (comme Basic de elloha), un abonnement annuel complet coûte environ 360 € par an, sans aucune commission sur vos ventes (site internet et hébergement compris), soit près de 4 fois moins cher. Bilan ? Financer votre propre outil d'indépendance reste nettement plus avantageux, tout en vous garantissant la maîtrise absolue de votre base de données.
Cerise sur le gâteau : l'arrivée des promos "merchandisées" via API
Pour parachever cette stratégie de conversion, Airbnb déploie en parallèle deux nouveaux programmes de réductions financés par l'hôte :
- Le programme "High-Rated Guest" consiste en une remise automatique de 15 % accordée aux voyageurs affichant une note supérieure ou égale à 4,8/5.
- Le programme "Mobile-Only", comme sur Booking à quelques détails près, offre une réduction fixe de 10 % réservée aux réservations effectuées depuis l'application mobile Airbnb (qui représente plus de 60 % des sessions de recherche !).
Ces réductions sont non éditables et cumulables avec vos promotions habituelles (dernière minute, long séjour). Si la promesse d'un boost de visibilité est réelle, elle impose, toutefois, aux propriétaires de surveiller de très près leurs prix planchers pour ne pas rayer leurs marges.
Gardez la main sur votre distribution
Airbnb affine, de plus en plus, ses outils pour capter la valeur là où elle se trouve; c'est-à-dire, chez le client. Sa stratégie se comprend parfaitement et l'offre peut être cohérente pour de nombreux "petits" propriétaires. Cependant, si ces fonctionnalités peuvent ponctuellement dépanner pour rassurer un voyageur frileux, elles ne doivent pas remplacer la stratégie d'indépendance de tout opérateur touristique (chacun se souviendra que Booking a commencé par ne percevoir que 8% de commissions). Pour réussir votre mix de distribution en 2027, mieux vaut développer votre propre site web équipé d'un moteur de réservation direct (frais fixes, zéro commission). Sans oublier de toujours conserver vos données clients pour fidéliser directement votre communauté d'une année sur l'autre. Et de continuer à n'utiliser les OTAs comme de belles vitrines de conquête à prix modéré si vous savez bien doser leurs apports respectifs, et non comme le cœur de votre gestion commerciale.