Booking: 700 Milliards € d'impact en Europe ?
Une étude récente d'Oxford Economics lève le voile sur l'impact économique majeur des réservations via Booking.com en Europe. Des chiffres vertigineux qui soulignent le rôle central des plateformes de voyage en ligne.
Même si l'étude a été commanditée par Booking, elle démontre (avec une précision mathématique) le poids colossal, non seulement, de Booking mais des autres OTA (comme on peut l'imaginer, ne serait-ce que par transposition) en matière de volume de réservations, de chiffre d'affaires et donc d'incidence sur l'économie de centaines de milliers d'hôtels, de maisons d'hôtes et d'hébergeurs touristiques partout en Europe. Cette étude tente de répondre à la question : "Mais quel est réellement leur poids économique ?" à l'heure où de nombreuses autorités publiques s'interrogent sur leur impact et leur réglementation ...
La dernière livraison annuelle de l'étude d'Oxford Economics (pour l'année 2025 et, précisons-le, commanditée par Booking) lève donc le voile sur l'impact colossal de ce géant sur l'Europe du tourisme. Avec, comme on l'imagine, des chiffres impressionnants !
Les grandes masses d'abord ! L'étude révèle que les séjours réservés via le géant néerlandais "ont soutenu une production économique totale de 691 milliards d'euros à travers le continent". Pour évaluer cet impact, le cabinet a utilisé un modèle dit d'entrées et de sorties (Input-Output), qui retrace les flux financiers à travers l'économie selon trois niveaux :
- Les impacts directs, soit les dépenses immédiates des voyageurs pour l'hébergement, la restauration, les transports, le shopping et les divertissements,
- Les impacts indirects ou l'activité générée dans la chaîne d'approvisionnement des entreprises touristiques (par exemple, l'achat de nourriture par les restaurants, la blanchisserie pour les hôtels, etc),
- Les impacts "induits" ou, en d'autres termes, la consommation locale des employés dont les salaires sont soutenus par cette activité économique.

Enfin, l'étude intègre aussi les effets de commerce transfrontalier (trade effect), "afin de mieux refléter l'interconnexion des économies européennes". Il va de soi qu'une telle étude est souvent réalisée pour "peser" sur les réflexions des décideurs publics: "Oui, certains se plaignent des OTAs, des commissions, etc ... mais on fait notre job, c'est pour cela que nous nous faisons payer par des commissions ... et voilà même ce que ça rapporte ..." pourrait-on entendre en contrepoint.

Et les chiffres sont, effectivement, colossaux ! Selon l'étude, en premier lieu, les voyageurs ayant réservé via Booking auraient dépensé pas moins de 291 milliards d'euros durant leurs séjours. C'est ce que les analystes qualifient de "dépenses des visiteurs". Et de détailler que les visiteurs "internationaux" consacrent près de 44 % de leur budget à l'hébergement et à la restauration, et 56 % à d'autres dépenses (dont 20 % pour le shopping). Les visiteurs domestiques allouent quant à eux 42 % à l'hospitalité et 58 % au reste (dont 19 % pour les divertissements et 16 % pour les transports).
Selon Oxford Economics, en matière de contribution au PIB (soit, la valeur ajoutée), "l'activité globale générée par les réservations ayant transité par Booking aurait soutenu près de 344 milliards d'euros de PIB (dont 152 milliards d'euros d'impact direct)". Et de préciser que les secteurs du commerce de gros ou de détail (78 milliards €) et de l'hébergement et de la restauration (71 milliards €) en ont été, évidemment, les principaux bénéficiaires.

Point incontournable de ce genre d'étude: l'emploi ! Là aussi, selon l'étude, le tourisme lié à la plateforme a soutenu près de 4,8 millions d'emplois en Europe (dont 2,5 millions d'emplois directs, le secteur de l'hébergement et de la restauration représentant 47 % de ces derniers). Et pour achever la démonstration, en matière de salaires, "le montant total des rémunérations en lien avec les réservations s'élèveraient à plus de 175 milliards d'euros (dont 83 milliards d'euros générés directement)".
Enfin, petit message aux élus, sur le plan de la fiscalité, "l'impact fiscal global s'élève à 137 milliards d'euros de recettes publiques (dont 80 milliards d'euros de fiscalité directe, la TVA étant le principal contributeur)".

Ce type d'études est souvent réalisé à des fins de "relations institutionnelles ou publiques", plus communément appelées lobby, pour montrer, somme toute, l'importance d'une industrie - les OTAs et notamment Booking, parce qu'il est d'origine européenne - très souvent contestée, critiquée en Europe, à la fois par les acteurs économiques qui lui payent des commissions toujours trop élevées à leurs yeux, et les autorités publiques qui essaient d'encadrer cette économie. Ces revenus existeraient-ils sans Booking ? Certainement, car l'activité touristique est majeure en Europe. Cependant, il est indéniable que les OTAs ont contribué à structurer, digitaliser et dynamiser le marché en rendant les réservations plus faciles et les offres plus facilement identifiables en un seul point de vente. Certes, la dépendance de certains professionnels est une évidence (souvent, d'ailleurs, en raison de leur retard de digitalisation ou de leur absence de stratégie directe), mais cette étude montre aussi l'importance de la valeur ajoutée touristique captée par les OTAs (sans que cela ne devienne forcément un sujet polémique). Si l'on interprête différemment ses chiffres, on constatera que : 44% (la valeur des hébergements réservés sur Booking, en Europe) de 291 Milliards représentent un volume brut de réservations de 128 Milliards, soit un potentiel de 25 Milliards de commissions captées (20% en moyenne) en Europe. En conclusion, un vrai gros business pour tous les acteurs ...