Restrictions vers l’Espagne : une aubaine pour les hébergeurs français

L’Espagne, 2ème destination touristique des européens (après la France 🇫🇷), voit son été 2021 compromis par le variant Delta. Qu'il s'agisse des nouvelles restrictions imposées par les autorités locales ou des positions très strictes de la France de ne pas s'y rendre en vacances, ce nouvel avatar du covid 19 (qui touche également le Portugal) peut encore conforter l'été à la française: un gisement gigantesque de touristes français, près de 10 millions, qui vont potentiellement choisir nos destinations domestiques, par crainte ... ou, tout simplement, par interdiction !

C'est la douche froide pour l'Espagne ! Après un très court espoir de reprise de l'activité "à la normale", la péninsule ibérique mulitiplie les fermetures et les restrictions d'accès depuis ces derniers jours. À Cadaquès, l'emblématique petit port catalan et ses maisons blanches, les restaurants "tombent" comme les mouches et se voient contraints de fermer en raison d'absences sans précédent de salariés pour cause de maladie. Mais pas que ... face à la progression d'une inévitable "cinquième vague" (oui, les espagnols sont en avance sur nous), les restaurants et les autres lieux recevant du public ont dû fermer leurs espaces clos, réduire leurs jauges en terrasse et accepter de limiter leurs horaires de nuit. Une situation dictée par la progression des contaminations qui ne cesse de s'amplifier.

53 Millions de touristes attendus ...

Barcelone "la festive" avait donné le "la" d'une reprise épidémique plus qu'inquiétante, il y a déjà de cela dix jours. Les "boîtes de nuit" ont du refermer définitivement leurs portes et les restaurants revenir à un régime de "semi-liberté". Dans la tranquille Cerdagne espagnole (le massif pyrénéen partagé entre la France et l'Andorre), depuis ces jours-ci, la mobilisation générale est également donnée sur le plan sanitaire : fermetures des lieux touristiques, contrôles stricts aux frontières, etc ... Rebelote, comme un air de déjà vu en 2020 … Et c'est ainsi dans toutes les grandes zones touristiques espagnoles !

Au Portugal, le gouvernement a décidé la semaine dernière de réimposer un couvre-feu nocturne dans les 45 municipalités les plus touchées, dont Lisbonne et Porto, alors que le variant delta représente désormais 90 % des contaminations.

La "5ème vague" espagnole pourrait garantir un été "grand calme" à Cadaquès.

Des ombres plus qu'épaisses planent donc sur la saison touristique estivale et la progression rapide du variant Delta du Covid-19 suscite des inquiétudes justifiées dans l'industrie touristique mondiale: retour des restrictions en Espagne et au Portugal, report de la date d'entrée des touristes en Israël au 1er août, révision quasi-quoitidienne des couleurs (vert, orange, rouge) où les touristes peuvent se rendre de manière "safe", etc ... Pour les accros aux voyages hors-de-la-France, l'affaire se complique ...

En France, le gouvernement recommande, en effet, de ne pas se rendre en Espagne et au Portugal. "Nous pourrions prendre des mesures renforcées à l’encontre des candidats français à ces destinations, a même annoncé Clément Beaune, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes. Tandis que, de part et d'autre de la frontière se multiplient les mesures "policières" plus strictes, notamment sur le contrôle des passeports vaccinaux et la chasse aux faux pass sanitaires.

Viva la Francia !

Dès lors, la montée en puissance du tourisme domestique semble - encore ! - confortée par ce sursaut épidémique ibérique. La situation empire de jour en jour en Espagne et, selon toute vraisemblance, la France pourrait aussi restreindre les déplacements ou exiger des motifs impérieux dans les jours à venir pour se rendre dans la péninsule. D'autres pays européens, inquiets que leurs touristes ne ramènent massivement le variant dans leurs secteurs d'origine (on parle aussi de la Belgique) pourraient en faire de même.

En effet, si un pays passe de la zone verte à orange, les passagers non-vaccinés doivent disposer d’un motif impérieux. Si ce n’est pas le cas, la cause de l’annulation tient du passager et non de la responsabilité de l’agence de voyages ou de la compagnie aérienne. Aucun remboursement n’est alors possible.

La requête "covid espagne" et "restrictions covid espagne" gagne en tendance sur Google Trends et témoigne de l'inquiétude des "juilletistes" qui se demandent bien s'il n'est pas trop risqué d'emprunter la traversée des Pyrénées. Pour les spécialistes, l'annulation - si elle est encore possible - est, d'ailleurs, largement conseillée. Pour le mois d'août, en revanche, il n’est pas encore nécessaire d’annuler ses vacances en Espagne; seule la situation le dictera dans les deux ou trois prochaines semaines pour connaître la tendance aoûtienne...

Partir en Espagne, les jeunes y sont candidats et prêts à braver les interdits mais, pour des voyageurs plus matures, la crainte que certaines libertés y soient limitées, voire que certaines frontières soient de nouveau bloquées et les liaisons aériennes coupées, avec même des difficultés de rapatriement ... est plus forte que tout.==

Si la France observe, elle aussi, une progression lente mais sûre de ce nouveau variant (plus contagieux, plus rapide), son niveau de contamination reste dix fois inférieur à celui constaté en Espagne. Mais, ne nous y trompons pas : "La question n’est pas de savoir si nous allons être frappés par ce variant, mais quand", assure le journaliste Yann Le Goff dans le magazine "Déplacements pro".

Nouveau call-to-action

9,74 Millions de français concernés

Selon les estimations de "fuite" des Français vers l’Espagne, établies en juin, 10 % des vacanciers français avaient choisi ce pays, 6 % l’Italie et 4 % le Portugal, parmi les 28 % affirmant partir à l’étranger malgré la timide reprise "à la normale".

Selon nos calculs, la manne française dont le Portugal et l’Espagne seront privés correspond à 9,74 millions de personnes (nous avons pris pour base les 52 % de Français partant en vacances cet été, selon un sondage IFOP du 10 mai, soit 34,8 millions de personnes). Cette hypothèse haute correspond aux 14 % de Français détournés de l’Espagne et du Portugal, à supposer que 100 % des personnes concernées renoncent à leurs projets.

Bien évidemment, toutes ne vont pas se reporter fidèlement sur la France, une partie se rendra en Espagne (en bravant certains interdits ou les ambiguités des décisions gouvernementales), voire dans d'autres pays étrangers de second choix et une autre catégorie renoncera carrémment aux vacances !

Malgré la déperdition d’effectifs, les retombées s’annoncent toutefois massives pour le tourisme hexagonal. La dissuasion vers l’Espagne est donc une "heureuse" surprise pour les professionnels, car l’Espagne est leader des intentions de fréquentation cet été, derrière la Grèce. Le malheur des uns (...etc), l’accès limité vers la péninsule Ibérique est une véritable chance pour les professionnels du tourisme français, puisque l’autorité publique encourage toujours plus les vacances domestiques.

Il est donc raisonnable de s’attendre à recevoir (encore) plus de touristes français en France sur les trois ou quatre prochaines semaines, où les taux de réservations finiront par gagner du tonus suite à ces nouveaux aléas. Le pass sanitaire européen, entré en vigueur le 1er juillet, devrait aussi retrouver de l'usage dans nos propres frontières puisque, dans les zones touristiques, les préfets songent à en imposer la présentation, désormais, dans les restaurants et les clubs de plage ...

Nouveau call-to-action

Jauges : "Chez nous, pas d’entassement"

Qui dit "afflux de touristes" (français ou pas) dit aussi "précautions" et "recommandations". Rassurer et encore rassurer constitue LE réflexe. Une contradiction existe entre l'évolution de la pandémie et les mesures récentes, malgré l'efficacité des limitations d'accès aux restaurants, attractions etc.

Après la suppression des jauges dans les restaurants, cinémas, théâtres ou musées, le 30 juin, les discothèques à ciel ouvert peuvent théoriquement rouvrir depuis vendredi 9 juillet. Celles qui sont intérieures voient leur jauge réduite à 75 % de leur capacité, toutes doivent demander une preuve de vaccination, un test négatif de moins de 48h ou la preuve d'une contamination de plus de 15 jours mais moins de six mois. Un cahier de rappel (avec code QR ou papier) doit lister les clients, pour les prévenir en cas de contamination. Ce qui semblait destiné à une application un peu "laxe" devrait finalement devenir une règle "a minima" compte tenu de la menace épidémique (n'oublions pas que les malheurs de l'Espagne proviennent, entre autres, d'une rapide libéralisation de la vie nocturne et des "fiestas").

En France, certains grands sites touristiques appliquent des mesures globales, comme l’île de Porquerolles, qui plafonne désormais sa fréquentation touristique à 6000 personnes par jour pour éviter l’hyper-fréquentation et préserver la qualité des vacances, car "Au-delà de 6000 passagers débarqués, le taux de mécontentement double et atteint un visiteur sur deux", affirme cette destination du Var. Une façon habile de ne pas directement parler du covid.

Face à ces problématiques liées au tourisme industriel, l'évitement des grands brassages fait partie de l'ADN même chambres d’hôtes, meublés et hôtels indépendants: il est donc encore utile d’insister dessus.

Cet été, les propriétaires gagneront à mettre en avant cet avantage, même s’il est évident. Le sursaut du Covid (au travers du variant Delta) intervient en début de saison, c'est un grand inconvénient qu’il convient de surmonter au plus vite, avec réalisme : un logement qui affichera son fonctionnement aéré, ses espaces où l’on n'est pas serrés les uns contre les autres, augmente donc toutes ses chances de succès. Ainsi qu'une perspective d'augmentation des prix au mois d'août et sur septembre prochain ...

Recommander la vaccination à vos clients ?

Pour vaincre ce retour de crise, un peu de civisme, associé à de la bienveillance, doit profiter à l'image d'un hégergement. Encourager à la vaccination est un comportement qui sera apprécié, s'il est amené de façon informative, comme un service (ce qu'il est réellement). Afficher les adresses de vaccination les plus proches doit être fait au plus vite grâce aux informations du ministère des Solidarités et de la Santé.

Alain Capestan, directeur général délégué de Voyageurs du Monde, ne s’embarrasse pas de formules : "Je suis pour le vaccin obligatoire… sauf si nous pouvons l’éviter". Le gouvernement étudie d’ailleurs cette possibilité car les infectiologues s’accordent à dire que seul un fort taux de vaccinés vaincra la pandémie. Le gouvernement a appelé à une "vaccination massive" le 7 juillet, mais la vaccination est lente : environ 25 millions de secondes injections ont été réalisées au 6 juillet (37 % de la population)... et Pfizer/BioNTech prépare une troisième injection (entre six et douze mois après la 2e) pour empêcher la contamination des vaccinés.

Mais il vous faut aussi veiller à la réaction des réticents, des prudents - voire, carrémment, des opposants, qui doivent être respectés dans leurs positions - et donc, vous justifier auprès d'eux en expliquant qu'il est de votre devoir de donner cette info ("où se faire vacciner à côté de chez nous") pour les voyageurs qui peuvent en avoir besoin.

Revenir aux bonnes méthodes de 2020

Bien sûr, il est difficile de maîtriser les sentiments et les attitudes des voyageurs et l'on ne sait pas si cette vague qui touche si tôt l'Espagne ne va pas non plus gâcher les vacances en France ... Aussi, anticipez !

Un conseil ! Malgré l'euphorie et l'envie de voyage sans souci, revenez aux dispositions strictes qui ont fait le succès de la confiance créée en 2020 : protocoles de nettoyage sévères, affichage des mesures, accueil 100 % empathique, partage d'infos en temps réel sur les conditions d'accès autour de chez vous, etc ...

Toutes les études menées l'an dernier ont démontré qu'elles ont été les moteurs de la confiance estivale des voyageurs. Que ces derniers ont consulté ces infos jusqu'au dernier moment (celui de réserver, celui de confirmer leur séjour) et donc, du succès économique de la saison 2020. Cela peut-être le cas en 2021 même si la menace d'une quatrième vague (en France, cette fois-ci) plane lentement mais sûrement sur l'été 2021.