42% des voyages d'affaires remplacés par Zoom après le Covid !

Le voyage d'affaires n’est pas mort, mais il semble qu'il ne retrouvera plus jamais les scores d'avant 2020. Selon tous les experts, le "business travel" est donc en mutation, car le Covid a révélé au monde entier que les réunions en visioconférence sont de qualité équivalente aux rencontres “in vivo”. Ce résultat de la crise sanitaire va rester, conjugué à un zeste de conscience écolo (ni gasoil ni kérosène). Quelles conséquences pour les hébergeurs ? Moins de clients d’affaires, mais une vocation nouvelle à accueillir des clients visio dans un cadre inspirant. Le pari : transformer la visio en marché !

Le début de tendance observé en 2020 est devenu rapidement un mode de vie inscrit sur la durée. On savait que la "visio" avait pleinement joué son rôle de substitution pour les voyages et que cette tendance ne baisserait pas après le covid, mais on n'avait aucune idée de l'impact réel de ce changement. Alors, oui, selon toutes les récentes études, les réunions en “visio” s’imposent dans de nombreux domaines d’activité, et elles vont survivre au Covid, car elles sont bien pratiques.

Cette méthode génère des économies et elle optimise le temps consacré aux échanges et aux réunions, car elle rend plus efficace le travail en commun==. Parmi ses avantages, les déplacements supprimés suscitent de substantielles dépenses (voiture, train, avion), au niveau local-regional, national et international.

Il suffisait d’y penser, la vision est aussi ordinaire que le téléphone, elle est juste encore un peu nouvelle dans la pratique, car elle bouleverse la façon de se réunir. Elle est un enfant du télétravail et pousse certaines entreprises à repenser leur organisation, car de nombreux salariés s’y sont habitués.

Depuis 2020, seulement 25 % des Français ont connu le télétravail selon Myriam El Khomri, présidente du pôle conseil de Siaci Saint Honoré et ancienne ministre du Travail). La tendance est plus large : télétravail, télémédecine etc.

Pour la Chaire Pégase, qui analyse plus précisément l'activité "aérienne" du tourisme et des voyages d'affaires, 38% des voyages aériens consacrés aux affaires vont être remplacés par Skype, FaceTime, Zoom et consort. Cette proportion très importante démontre un bouleversement, qui a déjà son incidence sur les hébergements.

Pour Jason Guggenheim du Boston Consulting Group, "les prévisions vont des plus optimistes, qui pensent que les voyages d'affaires, lorsqu'ils reviendront à la normale, seront probablement en baisse de 10 à 15 % par rapport à 2019. Mais vous avez aussi des gens qui ont tendance à être beaucoup plus baissier et penser que ce nombre pourrait être le double, voire le triple, en termes de nombre de voyages d'affaires que nous voyons supprimés du marché à mesure que nous revenons à la normale.

Il va donc falloir "faire sans" ou avec beaucoup moins de voyageurs d'affaires dans les hôtels et réorganiser son offre en fonction de ce facteur globalement baissier ...

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Chute libre du travail classique

Le rapport de la Chaire Pégase, publié le 8 juin, est le fruit des études de chercheurs spécialisés dans le transport aérien. Il en découle que 72% des voyageurs d’affaires ont moins pris l’avion depuis le début de la crise sanitaire et que 70% d’entre eux attendent la levée de toutes les entraves administratives pour retrouver le goût et l’envie du voyage.

Cette étude révèle aussi que le recul du trafic des voyageurs d’affaires atteindra 42% une fois que toutes les restrictions auront été levées sur l’ensemble de la planète. C’est proprement énorme ! “Cette baisse du nombre de vols s’explique par l’explosion du recours à la visioconférence depuis 2020. 53% des déplacements d’affaires ont été remplacés par des visioconférences en 2020, un taux qui devrait baisser à 51% tant que les déplacements sont limités, avant de se stabiliser à 38% lorsque tous les déplacements seront possibles”, précisent les chercheurs.

Tous les voyages et les voyageurs ne sont pas identiques

Cette étude peut rompre le sommeil des opérateurs aériens ou des hôteliers dont une grande part (dans les villes, notamment) provient du voyage d'affaires, car elle remet en lumière des chiffres d’avant-Covid : qui avait recours à la visioconférence, jusqu’en 2019 ? Environ 35% des voyageurs.

Or, les voyageurs d’affaires, qui ne représentaient que 25% des passagers aériens mondiaux, étaient à la source de 55 à 75% des profits des compagnies ! La visioconférence est dont l’ennemi d’un marché "aircraft" national, international et intercontinental. Sur tous les types de voyages, la Chaire Pégase prévoit des impacts différents : les professionnels voyageurs continueront évidemment de se déplacer sur les salons, conventions etc, qui exigent une interaction avec des clients et partenaires. Mais les déplacements à caractère interne (suivi de projets, formations) deviennent presque désuets, car un écran, une webcam et un micro suffisent à les remplacer. L’avenir serait fait d’une “hybridation entre les voyages d’affaires et les visioconférences”, analyse la Chaire Pégase.

Qui étaient les voyageurs d’affaires français avant la crise ?

  • 55% d’entre eux prenaient l’avion entre 2 et 5 fois par an.
  • 27% prenaient l’avion plus de 6 fois par an.

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Il paraît évident que seule la première raison impose du présentiel. Pour les trois autres, dans la mesure où les parties prenantes se connaissent, la visio devient une évidence (et le présentiel devient inutile)... car une évolution de carrière, un suivi stratégique, une quête de performances supérieures sont, en réalité, une sorte de grand tuto. Le secteur des congrès, foires et salons (et les VRP permanents) ne disparaissent pas, mais ils prennent une autre forme.

Photo by Nathan Dumlao / Unsplash

Hébergeuses, hébergeurs, place au flex office Zoom !

Un pan de marché s’effondre, le voyage d’affaires change, mais les hébergeurs ont une belle carte à jouer. Quelles sont les stratégies à valider chez les hébergeurs indépendants ? Sans aucun doute, il est nécessaire de marketer une offre adaptée, en confortant le clients du voyage “classique”, tout en attirant ceux du distanciel. En effet, le mode "workation" (travail + vacances) est une invitation à organiser des visios dans des lieux de choix, propices et inspirants, favorisant la créativité.

Si vous êtes hébergeur, faites savoir que ==le distantiel, c’est chez vous que ça se passe. Soyez aux petits soins, avec des chambres équipées (ce n’est pas nécessairement ruineux), l’ADSL Max ou la fibre …

Pensez à la qualité de l’image (lumière, déco, objets==, plantes… donc ambiance), ne négligez pas l’acoustique, qui fait la grande différence, car un mauvais son (avec une ambiance de salle de bain ou de placard) est décrédibilisant.

Votre hébergement ne doit pas devenir un plateau télé, mais il doit se distinguer comme une "place to be de la visio". Cette stratégie globale est aussi celle du "flex office", ou "bureau flexible", déployée par les plus grands (Axa, Natixis, Air Liquide…), qui réaménagent leurs espaces en délaissant les bureaux privatifs, au profit de lieux polyvalents.

Le pragmatisme impose une mise à profit de la chute du voyage d’affaires, que nous avons évoquée, par de nouvelles opportunités. En fin de compte, les ex-voyageurs d’affaires peuvent réduire leurs distances, en venant chez vous. Ce compromis vertueux doit miser sur le bien-être, car le télétravail n’est pas prêt de s’arrêter et l’envie de déplacements modérés est devenue une chance.

En conclusions remarquons que le dernier baromètre du cabinet Empreinte Humaine (risques psychosociaux et la qualité de vie au travail) révèle que 80 % des salariés souhaitent un mode hybride, comportant un à trois jours de télétravail par semaine. La visio, le distanciel confèrent un nouvel art de vivre, à guetter attentivement.

Lire aussi : Et si les OTAs ne croyaient plus aux voyages d'affaires ?