Pas de trêve des confineurs entre Paris et AirBnB

A Paris, certains logements jusque là destinés à la location touristique pourraient être rachetés par la Ville pour être ré-introduits dans le circuit de la location permanente pour les habitants ... Cette semaine, la Ville a tiré une nouvelle cartouche contre AirBnB et certains propriétaires. Pas de trêve des confineurs ...

"Nous entendons nous saisir de cette opportunité pour reprendre le contrôle ...". Le propos de Ian BROSSAT, adjoint au maire de Paris en charge de l'urbanisme est sans ambiguité: covid ou pas, la Ville de Paris ne relâche pas la pression sur les locations AirBnB que la municipalité accuse de participer au tarrissement de l'offre de location permanente.

La semaine dernière, la Ville de Paris a saisi le gouvernement au sujet du dernier "virage sur l'aile" de AirBnB vers la location longue-durée. Pour la municipalité, cette location est assimilée à ce que l'on appelle techniquement un "bail mobilité"; c'est-à-dire, pour la ville, "des locations qui doivent être louées à des catégories de locataires ciblées par la loi et qui se soumettent à la loi sur l'encadrement des loyers". Car, pour la ville de Paris, ce type de location de longue-durée n'est réservé qu'à des locataires en formation professionnelle, en contrat ou en stage d'apprentissage, en études supérieures, etc ... Pour Ian BROSSAT, ce nouveau développement commercial de AirBnB (pour compenser la perte des locations saisonnières de courte durée) constituerait "une infraction au principe de bail-mobilité puisque personne ne vérifie dans quel cadre ces biens sont loués ... Nous observons même des signalements selon lesquels des propriétaires, faute de touristes, louent leurs biens pour des activités de prostitution et de trafic de drogues ...".

Bon, si, dans cet exemple, on touche à l'extrême, il n'en reste pas moins vrai que la Ville de Paris pense tenir là une arme de plus dans son combat contre la plateforme californiennne (et ses concurrents, comme HomeAway, qu'elle accuse des mêmes travers).

Depuis deux ans au moins, la capitale française est à l'avant-garde du combat anti-AirBnB qu'ont rejoint de nombreuses autres capitales mondiales. Dans le collimateur de ces municipalités, les plateformes de locations qu'elles accusent de s'affranchir un peu trop facilement des règles communes et, par conséquent, d'encourager une inflation des locations "saisonnières" au détriment de l'offre de logements permanents.

Car, à Paris, selon les services de la Ville, une part considérable de locations seraient dans l'illégalité: louées plus de 120 jours par an, gérées par des propriétaires "professionnels" qui n'habitent pas sur place et ont acquis ces logements à des fins uniquement de locations saisonnières, etc ...

Pour les élus parisiens, les plateformes seraient à l'origine du détournement de 30.000 logements qui ne seraient désormais plus accessibles aux résidents permanents.

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La Ville de Paris ne lâche donc rien pendant cette période sensible : attaques en justice, contrôles in situ pour sa brigade anti-locations-illégales, émission d'amendes carabinées contre les propriétaires indélicats, etc ...

Mais, cela pourrait ne pas s'arrêter là puisque la Ville envisagerait même d'inciter les propriétaires-investisseurs à lui revendre leurs biens immobiliers pour se reconstituer un "stock" d'appartements important dans les prochains trimestres; qu'elle remettrait ensuite à la location longue durée pour des résidents permanentes. Et pour cela, la Ville va même jusqu'à créer une "foncière" dédiée.

En effet, selon la Ville, compte tenu des circonstances post-covid, la location saisonnière (et donc, de courte durée) risque de ne pas reprendre de sitôt sur la capitale (et ailleurs, non plus, par ailleurs). Or, sous l'impulsion des croissances insolentes des plateformes de locations, de nombreux propriétaires-investisseurs ont acquis de nombreux biens dans la capitale pour les transformer en "locations AirBnB". Ainsi, comme l'a démontré une étude du cabinet Asterès, une location saisonnière devient plus rentable qu'une location classique à l'année à partir de 126 nuits par an à Paris et de 134 nuits à Bordeaux. Or, dans ces villes, la limite de location par an est limitée à 120 jours; un délai dont les propriétaires (et certaines plateformes) s'affranchissaient pour faire fructifier leur investissement au-delà de périodes bien plus profitables.

Pour la Ville de Paris, la situation actuelle va certainement doucher - et pour longtemps - les attentes de ces investisseurs qui, pour certains, se sont lourdement endettés pour se lancer dans ces "investissements locatifs".

Un même mouvement est d'ailleurs largement en cours aux US où de nombreux hosts ont quitté AirBnB avec pertes et fracas ces dernières semaines (n'ayant pas apprécié la politique d'annulation-remboursement du géant) pour se repositionner sur la location "longue durée" telle que la proposent des plateformes concurrentes au champion californien.

D'ailleurs, AirBnB - qui affronte une crise dure et vraisemblablement durable - n'a pas tardé à se repositionner en ce sens: depuis deux semaines, les locations "longue durée" figurent, désormais, en bonne place dès l'arrivée sur sa page d'accueil.

Pour les élus de la Ville de Paris, donc, "l'étau se resserre" et la capitale entend bien profiter de la situation pour attaquer sur tous les fronts l'univers de la location "saisonnière" (plusieurs actions sont pendantes dont une, à l'Europe) et, notamment, en prenant frontalement les propriétaires qui sont vraisemblablement confrontés à de sérieuses angoisses financières ces derniers temps.

L'heure est donc à la clarification entre la Ville, l'Etat et les plateformes, dans un contexte de forte tension où chacun va se battre pour préserver son "espace vital" ... Hôteliers, agents immobiliers, services municipaux, même combat ? La bataille de Paris continue !