Ce que les pros du tourisme pensent des mesures de crise

Patiemment, les professionnels du tourisme se préparent à une saison qu'ils pensent réaliser à 60% minimum de son potentiel. Une majorité d'entre eux a actionné les différentes aides de l'Etat et espère des aides locales pour réussir leur redémarrage ... que chacun espère, bien évidemment, avant cet été !

Deuxième sondage national lancé par elloha auprès des professionnels du tourisme (hébergeurs et attractions) les 7 et 8 avril auprès de 563 entreprises de toutes tailles.

Premier constat: 60% d'entre elles ont eu recours aux différents dispositifs mis en place par l'Etat (report des charges, chômage partiel, PGE (Prêt Garanti par l'Etat), ordonnance sur les "a-valoir" et aide de 1500€ aux indépendants et TPE). Pour ces professionnels, ces aides sont considérées comme "faciles à mettre en oeuvre" (69,3%) même si certains professionnels les jugent encore "peu adaptées à la situation ... mais c'est déjà ça ..." (62,4%).

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On note, toutefois, des différences notoires selon les types d'entreprises lorsqu'il s'agit de recourir à ces aides. Selon notre enquête, ce sont d'abord les professionnels du loisir (qui anticipent certainement un impact négatif sur la future saison) qui y sont les plus sensibles, suivis des métiers traditionnels de l'hébergement touristique avec, dans l'ordre, les hôtels, campings, maisons d'hôtes, gîtes et locations de vacances). Les attractions (parcs, zoos, activités culturells et patrimoniales) y ont un recours moindre selon que l'établissement est géré par une entreprise privée ou par une structure para-publique (qui espère pouvoir recourir aussi à l'aide de sa collectivité de tutelle).

Les professionnels qui n'ont pas (encore) fait appel aux aides de l'Etat considèrent, en premier lieu, que les dispositifs sont mal adaptés à la situation ou encore, difficiles à mettre en oeuvre. L'attente des professionnels du tourisme ne porte pas seulement sur des aides financières directes. Côté hôteliers, par exemple, des voix s'élèvent notamment pour obtenir de l'Etat qu'il puisse contraindre les bailleurs à baisser les loyers des immeubles ou à les geler le temps de l'état d'urgence sanitaire en cours. Du côté des hébergeurs de taille plus modeste, les récriminations portent sur le manque de clarté et/ou de souplesse de certains dispositifs; notamment lorsqu'il s'agit de calculer les pertes financières au regard d'une entreprise n'ayant pas eu d'activité auparavant.

Pour aller plus loin et permettre de passer au mieux le cap du re-démarrage (quand celui-ci sera possible et selon les conditions de déconfinement qui restent largement inconnues à ce jour), les professionnels mettent la priorité sur l'obtention d'aides complémentaires de la part de leurs collectivités locales (61,4%), mais aussi d'une politique nationale de relance de la demande touristique ou encore des mesures fiscales mieux adaptées.

Chacun s'accorde, toutefois, à dire que ces mesures fiscales ne concernent pas forcément la taxe de séjour: 1) cette taxe est payée par le voyageur et non par l'entreprise (donc, sans effet sur ses finances) et 2) si l'activité se réduisait fortement cet été, l'impact d'une "remise" sur la taxe de séjour ne serait que mineur pour ces mêmes sociétés. En revanche, il serait certainement fatal à la survie de certains offices du tourisme dont le budget de fonctionnement en dépend largement. Un sujet sensible et manifestement pas à l'ordre du jour.

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Comme vous le noterez, les entreprises du tourisme ne placent pas le gel des charges sociales et des impôts (ni leur report d'ailleurs) comme une priorité; bien sûr, il est question ici d'une perspective générale (qui prend en compte la situation actuelle, la phase de reprise et celle de stabilisation économique). Pour les professionnels du tourisme, les reports de charges et d'échéance ne seront donc pas prioritaires dans cette troisième phase où les entreprises espèrent avoir reconstitué leur trésorerie.

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Une reprise à 60% minimum de leur capacité pour cet été

Quand on leur demande s'ils estiment reprendre leur activité à un rythme suffisant, les professionnels font preuve d'un bel optimisme (et nous leur souhaitons que cela se réalise !) en pensant que l'été 2020 (si déconfinement il y a auparavant) devrait "tourner" à minimum, 60% de leur capacité d'accueil (28%).

Toutefois, toutes les professsions ne partagent pas le même optimisme. Les campings figurent en tête des entreprises qui pensent au moins redémarrer à 60% de leur potentiel et ce, malgré la perte prévisible des clientèles nord-européennes. Une belle résilience en somme !

Dans l'ordre, ce sont les hébergeurs qui gardent le plus d'espoir de sauver une grande partie de la saison tandis que les pros du tourisme imaginent plutôt travailler entre 40 et 60% de leur potentiel. Attention, cette position n'est pas à considérer comme du pessimisme mais comme de l'anticipation: en effet, à lire certains commentaires, de nombreux pros du loisir travaillent à remodeler leurs protocoles d'accueil où le nombre de clients simultanés sera volontairement limité pour garantir une sécurité (sanitaire) totale à leurs clients.

Proportion des pros de chaque métier prévoyant de réaliser, cet été, entre 60 et 100% de leurs prévisions d'avant-crise.

Cette étude démontre que de nombreux professionnels travaillent déjà à adapter leur modèle économique en fonction d'une activité qui sera réduite soit de manière contrainte (demande limitée, pour 90,2% des pros) ou de manière volontaire (48,9%). Une faible part d'entre eux (19,4%) estiment ne pas pouvoir réunir de moyens suffisants pour redémarrer la saison dans de bonnes conditions économiques et opérationnelles.

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Dernier point de l'enquête, sur quelles priorités travaillent les pros en ce moment. Pour une large part d'entre eux, outre une refonte de leur modèle économique (voir ci-dessus), l'accent est mis sur la préparation de leurs publicités locales et de leur marketing de redémarrage. Pour l'heure, l'embauche de personnels saisonniers ne figure pas encore dans les priorités des pros.

En conclusion

Les professionnels du tourisme ont actionné avec facilité et soulagement les différents dispositifs mis en place par l'Etat. Ils espèrent, pour beaucoup, un levier supplémentaire à travers des aides locales pour leur permettre de sauver une saison qu'ils voient en majorité à 60% minimum de son potentiel. Et tous, en grande majorité, affûtent leurs armes pour démarrer du bon pied dès que les premiers signes de déconfinement seront connus ... nous l'espérons tous, bien avant l'été.