Meublés de tourisme : bouc émissaire ou bouée de sauvetage du marché locatif ?

Meublés de tourisme : bouc émissaire ou bouée de sauvetage du marché locatif ?
La location meublée de courte durée est-elle la seule responsable de la crise du logement en France ? C'est le propos qui domine dès que l'on évoque la difficulté d'accéder au logement locatif traditionnel (ou de longue durée). Si elle est accusée de chasser les résidents permanents au profit des vacanciers de passage, l'activité de meublé touristique est régulièrement pointée du doigt par les pouvoirs publics ... une accusation portée à dessein, selon les auteurs du dernier "Observatoire de la location meublée".

Pour les tenants de la location meublée, "derrière ce procès d'intention un peu trop simpliste" se cacherait une réalité terrain bien plus nuancée. Pour ses promoteurs, par exemple, l'image du "riche propriétaire spéculateur" ne serait qu'un cliché dépassé ! Et d'apporter, chiffres à l'appui, une série de données "objectives" en l'absence, selon ses auteurs, d'étude consolidée par des organismes officiels au plan national.

Un serrage de vis réglementaire sans précédent

Pour les créateurs de l'Observatoire, entre le renforcement de la fiscalité et le durcissement du cadre légal, "la location saisonnière enchaîne les secousses". Certes, la loi Le Meur-Echaniz de fin 2024 a marqué un tournant net en incitant fortement les bailleurs à basculer vers le bail longue durée et ce serait sans compter sur le récent dispositif fiscal Jeanbrun, pensé pour relancer la location nue. Ce qui aurait pour effet de "reconfigurer complètement le paysage locatif".

L'objectif affiché des décideurs publics est, en effet, très clair : rapatrier un maximum de logements vers le marché traditionnel (qui est largement dominé par la "longue durée"). De quoi faire enfler une pression continue qui ne finit pas "d'inquiéter des milliers d'hébergeurs indépendants qui comptent sur cette activité pour équilibrer leur budget personnel" selon les porte-paroles des bailleurs.

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L’Observatoire de la location meublée se présente comme un mouvement d’étude à vocation neutre, mais sa structure et sa genèse en font un organisme d’influence sectoriel représentant les intérêts des investisseurs. Fondé à l’initiative d’Amarris Immo, un cabinet d'expertise comptable spécialisé dans le conseil aux bailleurs, il associe des entités de défense professionnelle telles que le SPLM (Syndicat des Professionnels de la Location Meublée) et la FDPCI (fédération de propriétaires). Malgré une communication axée sur l'intérêt général et la production de données indépendantes, il s'agit, en réalité (et ce n'est pas un péché !) d'une démarche d'influence destinée à valoriser et protéger le secteur du meublé. Son constat repose sur le fait qu'avec près de 1,5 million de logements, la location meublée constitue un véhicule d’investissement majeur et un maillon clé du logement en France, mais qu'elle souffre d'une méconnaissance générale et de représentations partielles. Face aux régulations et aux débats fiscaux ou touristiques, l'Observatoire vise à combler l'absence d'instance d'analyse globale en produisant un état des lieux annuel dit "fiable". Par le biais de sondages anonymes et de données statistiques (loyers au mètre carré, turnover, typologie d'usage), il cherche à objectiver les discussions publiques, orienter les décisions réglementaires et mettre en avant les vertus économiques du secteur, comme la mobilité résidentielle, l'attractivité territoriale ou le soutien au patrimoine des particuliers.

La vérité des chiffres ?

Pour dissiper le flou et tordre le cou aux idées reçues, la toute première édition de l'Observatoire de la location meublée (porté par Amarris Immo, le SPLM et la FDPCI) a donc passé au cribles les profils de plus de 3 300 loueurs. Et, à lire leurs premiers résultats, ces derniers sont sensés bousculer sérieusement les certitudes.

À commencer par le profil des bailleurs qui seraient principalement issus des classes moyennes; soit près de 60 % des hébergeurs déclarent vivre avec moins de 3 000 euros nets par mois, et dont un quart disposerait de moins de 2 000 euros net mensuels de revenus (tout compris).

Ces bailleurs se caractériseraient - aussi - par un patrimoine locatif modeste loin des empires immobiliers dénoncés par les élus de tous bords avec plus de 84 % des bailleurs qui ne possèdent qu'un ou deux biens meublés. De l'autre côté du spectre (celui du "grand méchant spéculateur"), les chiffres s'effondreraient carrément puisque l'observatoire n'en détecte que 9,7 % parmi les propriétaires détiennent cinq logements ou plus.

Enfin, l'étude évoque "une motivation bien ancrée dans la vraie vie" puisque pour plus de 60 % des bailleurs, l'objectif principal reste de constituer un complément de revenus indispensables pour la retraite ou d'anticiper une baisse de pouvoir d'achat. Attention, sujet explosif en cette veille d'élections nationales.

Une réponse concrète aux nouvelles mobilités ?

Contrairement aux idées reçues, les auteurs de cette première étude considèrent que le meublé n'est pas uniquement synonyme de vacances ou de séjours haut de gamme. Dans les faits, ces logements répondraient d'abord directement "à un besoin d'agilité résidentielle de plus en plus fort chez les français". Pour les auteurs, il s'agirait véritablement "du logement des moments de transition". La location meublée permettrait "de se poser rapidement sans la lourdeur d'un bail de trois ans et sans investissement dans du mobilier lourd". ==Ce serait donc le toit idéal pour de nombreuses situations comme les étudiants et personnes en formation (qui représentent 40 % des occupants), les jeunes actifs démarrant leur carrière professionnelle ou encore les professionnels en mission temporaire ou en mobilité.

Faire évoluer la stratégie d'hébergeur ?

Face à cet environnement réglementaire mouvant, l'observatoire semble indiquer aux bailleurs qu'il est essentiel d'adapter leurs méthodes de mise en location pour préserver leur rentabilité tout en restant parfaitement dans les clous. Dans l'arsenal, évidemment, "penser à la mixité des baux" comme alterner la location saisonnière pendant les pics touristiques et la location moyenne durée (étudiants, professionnels) le reste de l'année; ce qui permet de maximiser le taux d'occupation sans subir les restrictions d'usage. Mais il est également conseillé, aussi, de soigner la gestion des charges. En effet, le loyer médian constaté s'établit autour de 710 euros charges comprises. Pour maintenir leur marge, les propriétaires doivent donc optimiser la gestion de leurs équipements et prévoir l'amortissement du mobilier au réel. Enfin, automatiser la distribution de leurs hébergements car gérer soi-même son logement demande de l'énergie. Aussi, l'observatoire recommande l'utilisation d'outils de gestion et d'un channel manager qui évite les surréservations tout en diffusant les disponibilités sur de multiples plateformes.

En clair, selon les auteurs de premier round d'observation, la location meublée de courte durée ne doit pas être résumée à "un facteur de crise": selon eux, elle offre "une flexibilité indispensable tant pour les ménages modestes qui l'exploitent que pour les personnes en quête de logement temporaire" et ça, ça risque de compter par temps d'élections. Ainsi, en conclusion, le rapport recommande que, face aux évolutions législatives à venir, la clé du sommeil des propriétaires réside bien dans l'anticipation, l'agilité et la bonne maîtrise de leurs outils de gestion.

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