Les voyageurs du bout du monde deviennent-ils les champions de la durabilité ?
On a souvent l'image du touriste long-courrier (celui qui vient de New York, Sydney ou Pékin) comme un consommateur effréné de "city-break" éclair et de vols internes multipliés. Pourtant, les chiffres racontent aujourd'hui une tout autre histoire.
Selon la dernière étude de l'European Travel Commission (ETC), les voyageurs venant de six marchés clés (Australie, Brésil, Canada, Chine, Japon et USA) opèreraient une mutation profonde. Malgré une présence médiatique plus discrète du sujet "développement durable" ces derniers temps, les actes, seraient en progrès. Un changement en marche ?
Moins de carbone, plus de rails : le boom de la mobilité douce
C’est sans doute la surprise de ce rapport 2025-2026 : l'indice de la mobilité verte fait un bond spectaculaire. Passer de 100 à 108 en un an, constituerait à lui seul un pas de géant, voire une tendance de fond.
Premier enseignement, le train gagne du terrain : Les voyageurs délaissent les énergies fossiles (en baisse de 5%) pour se tourner vers le ferroviaire et les transports publics lorsqu'ils viennent en voyage sur le Vieux Continent.
Second enseignement: le "Slow Travel" s'installe. Ces neo-touristes prennent le temps. Ils limiteraient même les sauts de puce en avion une fois arrivé sur le sol européen.
Enfin, l'électrique séduit : l'usage de véhicules à mobilité douce grimpe de 13% à 18%.
"Love Local" : quand l'authenticité devient le critère n°1
Le voyageur (lointain et moderne) ne veut plus seulement voir l'Europe, mais littéralement la vivre (et on le comprend !). L'indice de l'engagement local grimpe à 105 dans le dernier rapport ETC.
En clair, au-delà des chiffres, cela se traduit par une préférence marquée pour les hébergements tenus par des "petits" propriétaires plutôt que par des chaînes et une volonté de consommer des produits régionaux et de participer à des traditions authentiques.
Question overtourisme ? Les voyageurs commenceraient même à s'en réguler d'eux-mêmes. L'étude montre une ouverture croissante pour les destinations dites "alternatives" (indice à 106). Les touristes cherchent désormais le charme des régions moins connues, loin de la foule de la Tour Eiffel ou de la Sagrada Familia.
Le voyage hors saison progresse aussi, bien que plus timidement. Pourquoi ? Parce que la volonté est là (53% d'intentions), mais la réalité du calendrier ou des contraintes professionnelles freine encore le passage à l'acte.
Certes, tout n'est pas encore rose et il existe encore un "gap" entre ce que le voyageur veut faire et ce qu'il fait réellement. Le rapport relève que, par exemple, beaucoup ignorent quand commence réellement la "basse saison" ou comment réserver un trajet en train transfrontalier.
Cependant, le rapport montre bien que la transition vers un tourisme responsable n'est plus une utopie de niche, mais une réalité statistique chez les voyageurs long-courriers. Certes, les barrières pratiques (prix, complexité des réservations de transports) existent, mais l'appétence pour un voyage plus lent, plus local et plus vert est indiscutable.