Booking modifie ses clauses contractuelles avec effet immédiat !
Le communiqué s'est voulu volontairement discret ce 29 janvier lorsqu'il fut publié sur le site de la direction de la concurrence et de la répression des fraudes, mais son impact sera proportionnellement inverse à sa discrétion de violette ... Selon cette direction de Bercy (ministère français de l'économie), Booking a immédiatement réagi en modifiant ses clauses contractuelles pour les rendre encore plus "loyales" ... qui sont immédiatement entrées en vigueur ce 29 janvier !
Discrètement titré "A la suite d’une enquête de la DGCCRF, une plateforme de réservation a modifié ses clauses avec les hôteliers", le communiqué de la direction des fraudes, paru ce vendredi soir, se veut volontairement sans tambour ni trompettes. Cependant, son impact sera tout sauf mineur car son impact touche directement Booking, le leader du marché ... et donc, tous les hébergeurs qui collaborent avec la plateforme.
À la suite d’une enquête nationale menée sur les relations commerciales entre plateformes de réservation de nuitées et hôteliers, la DGCCRF a estimé que certaines clauses contractuelles imposées par plusieurs plateformes pouvaient être restrictives de concurrence: "Afin de maximiser leur niveau d’activité et de rentabilité, les professionnels de l’hôtellerie diversifient leurs canaux de distribution en commercialisant leurs hébergements sur leurs propres sites internet, et en profitant aussi de la visibilité offerte par les plateformes. Dans ce dernier cas, la plateforme peut être tentée de créer un cadre contractuel avec les hôteliers qui lui est plus favorable, afin de capter la clientèle et les commissions associées à l’intermédiation ainsi réalisée", souligne-t-elle dans son communiqué.
Pour les limiers de Bercy, le constat est clair : pour maximiser leur activité, les hébergeurs diversifient leurs canaux de distribution dans le but de parvenir à un mix rentable (pour leur propre activité) entre leur site internet et les plateformes. Cependant, on l'a vu, ces dernières peuvent être tentées d’imposer un cadre contractuel que les syndicats hôteliers, notamment, dénoncent régulièrement comme "déséquilibré" et donc, visant à capter davantage de clientèle via les OTAs (au détriment des sites "en direct") … et, donc, plus de commissions.
C'est dans ce contexte que la DGCCRF a enjoint plusieurs acteurs à revoir leurs pratiques. Et, parmi les plateformes concernées, au terme d'un "dialogue constructif", Booking s’est engagé à faire évoluer ses conditions générales afin de rééquilibrer ses relations commerciales avec les hébergeurs. Et ces dispositions ne vont pas rester au stade de vœux pieux puisque les nouvelles clauses sont officiellement entrées en vigueur le 29 janvier 2026.
Cependant, cette décision ne doit pas être considérée comme un ajustement volontaire isolé, mais bien comme la conséquence directe d’une mise en demeure de l’autorité française. Pour Bercy, l’objectif affiché est de corriger des clauses jugées excessivement favorables à la plateforme et de redonner davantage de marge de manœuvre aux établissements partenaires. Même si le détail juridique des modifications reste technique, le signal envoyé au marché est limpide.
Un message clair pour l’ensemble des plateformes
À travers cette action, la DGCCRF rappelle son rôle : veiller à l’équilibre des relations commerciales entre professionnels, notamment "lorsqu’il existe un rapport de force structurel entre plateformes numériques et entreprises utilisatrices".
L’administration l’a d’ailleurs clairement indiqué : elle restera vigilante, non seulement sur la conformité formelle des nouvelles clauses, mais aussi sur leur application effective dans la pratique. Autrement dit, l’affaire ne s’arrête pas à une mise à jour contractuelle.
Cette évolution intervient dans un contexte où la dépendance aux OTAs atteint un niveau critique. Lorsque les ventes directes reculent et que les coûts d’acquisition explosent, chaque clause contractuelle compte.
Le rééquilibrage engagé permet de remettre sur la table plusieurs enjeux clés :
- la liberté commerciale et tarifaire,
- la capacité à valoriser le canal direct,
- la transparence des règles du jeu,
- la possibilité de construire une stratégie de distribution réellement multicanale.
Ce n’est pas une rupture avec les plateformes, mais un rappel de plus, une mise en garde, même : la distribution ne peut pas reposer sur une relation à sens unique.
Une résonance forte avec les tendances du marché
Ce qui rend cette actualité particulièrement intéressante, c’est sa cohérence avec les tendances de fond observées à l’échelle mondiale. Les OTAs gagnent du terrain, les algorithmes deviennent dominants, l’IA transforme la visibilité des offres, et les professionnels cherchent à reprendre le contrôle de leur relation client. Dans ce contexte, la régulation n’est pas un frein. Elle devient un outil de rééquilibrage.
La modification des clauses de Booking n’est pas qu’un sujet juridique. C’est un signal fort envoyé à tout l’écosystème touristique. Pour Bercy, la croissance des OTAs ne peut plus se faire au détriment de l’autonomie des professionnels: "Les plateformes restent des partenaires puissants, mais elles ne peuvent plus imposer seules les règles du jeu".
Pour les hébergeurs, c’est donc le moment de repenser leur stratégie de distribution, de renforcer leur canal direct et de s’appuyer sur ce nouveau cadre pour construire une relation plus équilibrée, plus durable et plus maîtrisée.
La bataille de la distribution continue, certes. Mais, cette fois, le terrain commence à s’équilibrer. Le secteur du tourisme et des expériences se porte globalement bien. Les volumes ont dépassé les niveaux d’avant-crise, la demande est là, les voyageurs sont de retour. Pourtant, derrière cette dynamique positive, les équilibres économiques des professionnels restent encore (trop ?) fragiles.
Comme l’a montré récemment le rapport mondial publié par Arival, les OTAs n’ont jamais été aussi puissantes. Elles concentrent désormais une part croissante des réservations, pendant que les ventes directes reculent. Dans ce contexte, la relation contractuelle entre plateformes et hébergeurs devient un enjeu stratégique, voire carrément politique.

