Été '21: La France limite la casse des résas par rapport à ses voisins

Le taux de réservations sur Airbnb en France, pour cet été, est inférieur de seulement 6 % à 2019… et on relève un bond à 45 % du rural parmi tous les logements. Les tendances du marché de la location saisonnière fournies par AirBnB et Transparent prévoient un été prisé par les tribus de 5 personnes et un net redécollage pour la France, qui devrait faire mieux que les pays limitrophes.

C’est clair, ça repart et ça encourage. Le panorama de la réservation touristique est en nette amélioration depuis avril. Au niveau général, les réservations d’hôtels ont atteint 47 % du niveau pré-pandémique en France, selon SiteMinder (données mai 2021). Par rapport à mai 2020, la hausse représenterait même 81 % ! Environ 37 % des réservations enregistrées pour cet été émanent de l’étranger. Quid du rural / littoral par rapport à l’urbain ? "L’écart est important entre les réservations effectuées pour les grandes villes et les destinations plus champêtres ou situées en bord de mer. Cette tendance générale est très marquée en France... Le taux de réservation dans les hôtels parisiens est actuellement de 28% du niveau de 2019, soit 19 % en dessous de la moyenne du pays", souligne l'étude.

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L’Italie à la peine, la France à la joie

Les données de la plateforme de voyage AirBnB et du fournisseur de données de locations Transparent certifient, de leur côté, que la France et le Royaume-Uni s’apprêtent à retrouver leurs volumes de locations d’hébergements, tandis que l'Espagne et l’Italie, qui dépendent davantage des voyageurs étrangers, restent loin derrière. Il n’y a pas d’homogénéité européenne, les achats de séjours varient énormément d'un pays à l'autre : début mai, en France, les réservations hebdomadaires étaient à -6% des niveaux de 2019, contre -60% en Espagne. Les US ont ouvert la voie dès janvier, en retrouvant les niveaux et la cadence de réservations de 2019, mais pour l’Europe dans son ensemble, ce n’est pas encore ça : depuis janvier, le vieux continent rebondit enfin, avec une accélération en avril, mais il était encore à -38% début mai 2021, par rapport à 2019 (pendant que les US affichaient +4 à +20%, y compris sur les marchés urbains, qui étaient boudés depuis 2020).

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Grâce à son marché intérieur important, la France assure une belle performance, avec le moins mauvais pourcentage parmi ses voisins comparables. Thibault Masson, fondateur de Rental Scale-Up, remarque que les confinements et le couvre-feu ont refroidi les clients, mais "les annonces gouvernementales ont un impact direct sur les recherches nationales". Les voyageurs ont "réagi dès que le président Macron a signalé que les voyages nationaux seraient de nouveau possibles en mai. Pareillement, les résas au Royaume-Uni ont rebondi fin février lorsque le Premier ministre Boris Johnson a dévoilé le calendrier de réouverture des sites touristiques". Dans ce pays, les recherches intérieures ont atteint et parfois dépassé les niveaux de 2019. En Espagne et en Italie, on observe cette tendance, mais avec moins de force. Et on remarque partout les effets positifs de la vaccination... n’empêche que, à conditions égales, le retard par rapport à l’année-étalon 2019, avant la parenthèse pandémique, est bien plus fort ailleurs qu’en France. Pour les professionnels français, ce remake de 2020 (essor du tourisme domestique) est une chance pour enfoncer le clou de la (re)découverte du territoire national par ses ressortissants.

Les résas rurales dévorent le marché

Les locations en ville, c’est mort ? Certainement pas, mais la poussée fulgurante des locations en campagne, en montagne et au bord de la mer, souligne un grand basculement. En Europe, comme aux US, les marchés ruraux se portent bien mieux que la moyenne, plombée par les villes. Sur Airbnb, les nuitées réservées dans les destinations rurales ont augmenté : Royaume-Uni : +25 points (48 % de parts), France : +21 points (45% de parts), Italie : +16 points (37% de parts) et Espagne : +8 points (20 % de parts).
En France, les petites locations d'appartements à Paris sont moins recherchées que les grandes locations de vacances sur la côte... La demande de grandes maisons bouleverse la géographie des réservations.

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Ce graphique AirBnB démontre que les capitales sont détrônées (Covid oblige) par des destinations plus aérées, spécifiquement côtières. Paris, n°1 en 2019, est supplantée par le département du Var.

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Les tribus raffolent de grandes maisons

C’est une belle progression que vont s’offrir cet été les logements entiers, par rapport aux lieux partagés, selon l’analyse des données AirBnB. Les réservations concernant une location pour 5 personnes ou davantage représentent 53%, contre "seulement" 35 % en 2019.
L'augmentation de la préférence pour les grandes propriétés est également vraie en Europe, avec des promesses parfois supérieures aux prévisions pour l’Hexagone :

  • Royaume-Uni : +20 points (part de 45 %)
  • Italie : 20 points (53 % de part)
  • Espagne : + 19 points (56% de part).

Auparavant, le voyage-type en été, via AirBnB, comportait deux personnes visitant une grande ville. Ce schéma est remplacé, pour l'été 2021, par une famille quittant une grande ville pour s'offrir une destination maritime, rurale ou de montagne). Pour les hébergeurs indépendants, ces tribus sont une occasion de rentabiliser leur affaire, car les familles dépensent davantage.

Beautiful photo of a beautiful place
Photo by Marvin Kuhn / Unsplash

Les frontaliers sont encore plus importants

La France va profiter de ses nombreuses connexions naturelles avec l’Europe, grâce à une situation géographique plus enviable que celle de l’Espagne ou du Royaume-Uni… Puisque le tourisme de l’été 2021 sera relativement domestique-européen, l’apport des pays limitrophes est crucial : pour le marché émetteur belge ou allemand, de nombreuses destinations françaises sont plus proches que Marseille par rapport à Paris... Or, au sein de l'Union européenne, les recherches transfrontalières "sont en plein essor, avec plus de recherches sur AirBnB qu'en 2019", à hauteur de +31 % du 18 au 24 mai, par rapport à la même période en 2019, alerte Thibault Masson.

Voici l'augmentation des recherches transfrontalières (18-24 mai 2021 vs 18-24 mai 2019) :

  • Belgique : +31%
  • Allemagne : +28%
  • France +15%
  • Portugal +14%
  • Italie +12%
  • Espagne +12%
  • Autriche +8%
  • Pays-Bas : +4%
  • République tchèque : +4%
  • Irlande : +4%

Qu’attendre de ces chiffres ? Un logement ou une destination qui attirent habituellement des clients belges ou allemands doit s’attendre à recevoir des réservations en nombre plus important qu’auparavant.
Attention, la France n’est pas monocolore avec ses frontaliers, à l’image des Anglais, qui constituent 20 % de la clientèle touristique de la métropole de Lille, mais doivent se soumettre à une quarantaine à leur entrée en France.

Points clés à retenir

Ces chiffres sont à moduler, car la pénétration d’AirBnB n’est pas la même par exemple en France, en Espagne et en Allemagne, mais les tendances observées sont solides. Elles démontrent que la destination France est gâtée parmi les autres offres européennes, même si les voyageurs asiatiques et américains, particulièrement attirés par la région parisienne, ne seront pas légion cette année.

En revanche, l’extrême dépendance étrangère des pays voisins (Espagne et Italie au premier chef) révèle, en creux, le formidable gisement de clients français... pour la France !

L’essor de l’hébergement individuel n’est plus à prouver, nous abordons fréquemment ce sujet (74 % de sympathie, selon l’Alliance Française pour le Tourisme. Mais ce succès est, en partie, une solution de repli, car les tribus qui ne trouvent pas de grande maison à louer en ville choisissent les arrières-pays, les côtes ou la montagne... par défaut. Pour les hébergeurs de ces zones géographiques, le challenge de l’accueil reposera sur l’art de se rendre indispensables, en fidélisant des voyageurs qui ont effectué un second choix.