Digital, secure, design… inspirez-vous de l’hôtel du futur

Le Covid va accélérer des tendances jusque dans l’architecture, c’est-à-dire l’organisation des lieux de vie et des espaces de séjours. L'architecte d’intérieur Michaël Malapert, précurseur en matière d’hôtellerie hospitalière, sûre, rassurante, cocoonin, dévoile sa vision.

Concevoir un hébergement ou entreprendre des aménagements pour changer son aspect ? Pour se lancer ou rebondir, cette étape est utile, mais autant vaut-il examiner les tendances suivies par les spécialistes. L’architecte d’intérieur Michaël Malapert (Paris, 1978) décrit une vision utile à ceux qui ont un projet. Dans une tribune parue dans Architecture Cree, ce créateur d’espaces estime que la crise va “précipiter des transitions déjà en œuvre dans la société” et observe que l’hôtellerie devient “un lieu de vie”, en lequel on fait confiance, comme un deuxième chez soi.

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Michaël Malapert © Michaelmalapert.com

L’hébergement doit être un second chez soi

“L’hôtellerie avait déjà initié un changement en devenant petit à petit un lieu de vie qui intégrait des services annexes comme un restaurant, un bar, une boutique ou un spa”, observe l’architecte. Désormais, sous la poussée du Covid, elle complète son offre avec des services variés : “coworking, salle de sport, cinéma… dont la chambre n’est plus qu’une option parmi d’autres”. Dans cette mutation, l’hébergement prend part au tissu urbain en “mutualisant ses services” et il devient un “lieu de destination aussi bien pour les locaux que pour les touristes”. De la sorte, l’ancien concept d’hôtel est devenu un “lieu de vie global où l’on peut se reposer, se détendre, manger, boire, travailler, dormir etc… tout cela à tous moments de la journée ou de la nuit”.

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Le métier d’hébergeur s’élargit à de nouvelles fonctions

Après l’année (assez) noire 2020, il y a de l’espoir. La digitalisation augmentée a permis aux hébergeurs de suggérer à leurs clients de “venir se confiner ou de passer des couvre-feux dans l’enceinte de l’hôtel, remettant au goût du jour une ambiance de prohibition. Ils ont aussi essayé de mettre à profit leurs espaces en invitant les gens à venir travailler chez eux. Ils ont étendu leur métier de base qui est de vendre des nuits à une infinité de services annexes”. L’architecte affirme que la crise ‘“nous oblige à mettre plus de créativité dans nos vies pour dépasser la sidération de l’arrivée de ce virus".

Des matériaux faciles à désinfecter, et du digital

La lourde tâche du nettoyage s’est révélée cette année garnie de gel hydro-alcoolique et de tout l’attirail que nous connaissons. Michaël Malapert voit venir une suite pragmatique, selon laquelle les hôteliers vont s’orienter, dans un monde post covid, vers “des matériaux antibactériens ou faciles à nettoyer”. Ils vont dématérialiser le check in, le check out et l’accès à la chambre, qui seront effectués par smartphone. Son scénario aux allures de science-fiction comporte la commande de repas ou d’un soin par appli, tandis que des “flux séparés” seraient développés entre clients entrants et sortants.

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© Hôtel Chouchou, Paris

Quelle architecture adaptée aux nouvelles exigences ?

Le bouleversement né du Covid peut donc redistribuer les espaces au sein des hébergements, de la chambre d’hôtes au complexe hôtelier de type industriel… A l’hôtel ChouChou, établissement parisien conçu par Michaël Malapert et inauguré en septembre, le check in s’effectue par iPad. L’intérieur associe des salles de réunion, des bassins à louer à l’heure, des chambres, une cabine photo, un bar, des foodstands, une scène pour des spectacles. Le tout constitue un lieu de détente, de travail, de restauration et de divertissement. Des flux séparés ont été créés entre les parties “lieu de vie” et “hôtelier”, tous les espaces sont connectés entre eux par des cloisons mobiles et vitrées, que l’on peut refermer pour s’isoler.

Le but ultime est de préserver l’expérience de plaisir et de tourisme : réorganiser l’espace sans que les clients ne se rendent compte des efforts fournis par les pros pour que le séjour soit le plus plaisant possible. Choyer, dorloter, protéger… de façon transparente. Tout changer en coulisses, pour que rien ne change dans l’expérience de vacances. Cette sagesse est issue de la créativité.

L’hôtel va devenir un établissement global ?

De son côté, l’architecte Jean-Philippe Nuel estime que les voyageurs loisirs invitent une “nouvelle économie de l’hôtel”, dans un établissement global, qu’il voit devenir “un lieu de vie, capable de proposer des activités à tout moment de la journée”. Restauration, sport, détente, boutique, salle de réunion, qui sont aujourd’hui des “fonctions annexes”, vont devenir sources d’attractivité. “À terme, l’hôtel sera la pierre angulaire d’un quartier, voire d’une ville.”