Stations de ski: en attendant Noël...

En principe, s'il réussit, ce deuxième confinement devrait permettre aux stations de sports d'hiver de sauver une partie de leur saison. Selon toute probabilité, la première partie de l'hiver (Noël) semble suspendue à l'éventualité d'une prolongation du confinement général; option qui semble prendre un peu plus forme réelle chaque jour qui passe... Reste à espérer sauver février même si, de leur côté, les stations sont bel et bien prêtes à se relancer tant la demande est importante. De leur côté, les pros s'adaptent et créent des offres ultra-souples pour rester actif sur le marché ...

"Drôle de confinement" pourrait-on dire en référence à cette "drôle de guerre" qui en portait le nom mais n'en avait pas l'apparence. Il n'aura échappé à personne que ce deuxième confinement n'a rien de commun avec celui que nous avons connu au printemps dernier. Faut-il s'en alarmer ? Peut-être ! Soit, il est le signe (tant il semble déroger à de nombreux principes) d'un déconfinement rapide; soit, au contraire, il porte les germes d'une situation incontrôlée qui pourrait pousser le gouvernement à donner un tour de vis supplémentaire et, probablement, bien au-delà de la période du 1er décembre ou encore des fêtes de Noël. Et c'est bien le schéma que redoutent les stations de sports d'hiver. En même temps (le fameux !) comment imaginer une reprise (presque) normale de l'activité touristique à Noël quand les autorités gouvernementales énoncent à coup d'interview que "les fêtes de Noël devront se passer en petit comité, sans grandes effusions, etc ...". Comment imaginer, dès lors, que les activités touristiques (et surtout sportives !) seront autorisées à cette période ?.. Que des centaines de milliers de français pourront dévaler sans restrictions les pistes de ski des différents massifs de l'hexagone ? Sans se prendre au jeu des paris, tout professionnel de ces secteurs peut légitimement se poser la question de savoir si la question de l'ouverture ou non à Noël ne devrait finalement pas être rapidement tranchée par le gouvernement... histoire de savoir à quoi s'en tenir. Certes, ce dernier a d'autres chats à fouetter que de penser aux vacances hivernales des français, mais le sujet de la réouverture des stations n'est pas sans impact, non plus, sur le moral des français (qui espèrent partir au ski selon plusieurs sondages) et, bien sûr, les exploitants et hébergeurs qui sont prêts, armes au pied, à relancer l'activité des sports d'hiver. En France, le ski représente 10 Milliards € de revenus et fait vivre près de 120.000 personnes ...

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Le public plebiscite l'air pur !

Comme cela fut le cas cet été, avec un record de fréquentation dans nos massifs montagneux, les voyageurs sont en recherche d'air pur ... Aux US, l’agence américaine RRC Associates, révélait une étude selon laquelle, 93% des touristes associaient à leur propre sécurité sanitaire les loisirs en solo ou en très petits groupes, en plein air ... à la montagne. Une tendance sur laquelle les stations de montagne ont, bien évidemment, largement surfé (ou ski !) cet été et qui leur a valu un large succès de fréquentation. Toujours selon cette étude, pour cet hiver, les destinations de ski sont directement visées par cette envie, car les grands espaces accessibles en remontées mécaniques sont considérés plus fiables que les zones à forte densité humaine, surtout si les stations sont équipées en systèmes de paiement et de contrôles d'accès fortement dématérialisés. Par évidence, dans l'esprit du public, le ski favorise la distanciation et les gestes barrières (gants, masques, casques, tours de cou etc)... Encore faut-il que les autorités gouvernemetales en soient convaincues. Sauf qu'il est difficile d'imaginer des stations où les remontées mécaniques seraient ouvertes et où ne resteraient ouverts que les commerces essentiels ...

Courant octobre - soit, bien avant, la reprise des restrictions gouvernementales - l’agence de marketing digital Sojern observait en Europe une reprise plus nette des réservations d'hôtels pour les destinations de ski et ce jusqu’à 80 km des stations de haute altitude. L’air pur est donc un acquis solide et les voyageurs de 2020 souhaitent lui rester fidèles dans leurs intentions ... sauf restrictions gouvernementales pour cause de pandémie, bien évidemment. Et si ces dernières sont levées à temps, il semble que les destinations accessibles en train ou en voiture seront favorisées par les voyageurs. Si les entrées internationales sont ouvertes, ce qui est plus qu'improbable, les Alpes devraient être “particulièrement concernées”, affirme Christy Jobman, marketing manager chez Sojern ! Mais, de ce point, rien n'est moins sûr.

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"La Forêt Blanche", station de Vars, Hautes-Alpes © Office de tourisme de Vars

Préparez-vous aux réservations de “dernière seconde”

La situation pandémique ("Chaque semaine qui passe, les chiffres disent quelque chose de différent”, observe le PDG d’Accor, Sébastien Bazin), le climat anxiogène, la question des frontières, les choix gouvernementaux… tout cela constitue une équation complexe. Ces incertitudes ne favorisent pas l’acte d’achat : les candidats au voyage sont moins “chauds” pour bloquer leur séjour plusieurs semaines à l'avance; ce qui était la très forte particularité des "vacances au ski". Comme l'ont souligné de nombreux professionnels, cet été, les réservations ne sont tombées que dès après les annonces de déconfinement de l'ancien Premier Ministre, Edouard Philippe. Avant ces confirmations, les courbes de réservations étaient aussi plates que dans les vallées. Pour cet hiver, la plupart des professionnels se sont mis au diapason : séjours annulables jusqu'au dernier moment, remboursement en cash et non pas d'avoir en cas de nouvelles restrictions, etc ... Toute la souplesse a été intégrée dans les offres des hébergeurs les plus déterminés. Un bémol, toutefois, si les annulations sur les hébergements existent, dans la plupart des stations, ils n'existent pas encore sur les forfaits de ski... En même temps, il y a fort à parier que, cet hiver, personne n'achetera ses forfaits plusieurs jours (ou plusieurs mois) à l'avance; ce qui était, pourtant, un excellent levier de trésorerie pour les sociétés de remontées mécaniques.

Car pour toutes ces stations justement, la nouveauté de cette année est que voici venu le temps des réservations non pas de dernière-minute ou d'ultra-dernière-minute mais, carrémment, de “dernière seconde” ! Prédiction partagée par Jean-Marc Silva, le directeur de France Montagnes, l'entité qui regroupe toutes les stations françaises. Cette tendance - qui est aussi synonyme d'une extrême volatilité de la clientèle - ne rassure pas les hébergeurs: non seulement ces derniers ont besoin de visibilité pour préparer l’accueil, mais cette situation aura forcément des conséquences majeures sur la compétition et la "voltige" des prix entre les établissements et les bailleurs, jusqu'au dernier moment, en fonction du remplissage des uns et des autres.

À Combloux-Mont Blanc, la station a élaboré une palette complète de garanties de remboursements et de "cadeaux expérientiels" en cas d'annulation Covid. Cette année aussi, Combloux croit fort à un retour des français aux fondamentaux de la montagne avec la création de packs "Découverte du ski" pour adultes, afin de redonner le goût du ski aux français. ==En cas d’annulation (pour des raisons Covid), Combloux s'engage à offrir, par exemple, un bon pour une soirée "Echappée Rando" par adulte. Ce bon n’est pas nominatif, et il pourra être offert à un proche ou un ami. Il sera même valable pour la saison suivante (2021-2022). L'Echappée Rando n'est pas un "petit cadeau" puisqu'elle comprend une montée nocturne encadrée en ski de randonnée, une assistance et conseils de Décathlon-Wedze, des tests gratuits de matériel de ski de randonnée, et un buffet dînatoire dans un restaurant.

À Val d'Isère, par exemple, on s'accorde déjà sur la prévision d'une "grande flexibilité" en matière de réservations. Selon Cécile Ferrando, directrice marketing et communication de la station, les achats faits sur sa centrale seront intégralement remboursés en cas de Covid. Pour se relancer, la station parie sur la clientèle régionale (Auvergne-Rhône-Alpes), en remplacement des skieurs de toute la France. Habituée à recevoir 68 % d'étrangers, elle vise aussi "une partie des vacanciers qui partent d’habitude au soleil et ne souhaitent pas voyager à l’étranger cet hiver", sans oublier les régionaux qui ne pratiquent "pas toujours les sports d’hiver" (le ski n'est pas obligatoire en montagne).

Noël sacrifié pour réussir février ?

En dépit de ces déclarations en mode "starting blocks", de nombreux opérateurs craignent sérieusement qu'un trait soit bientôt tirer sur les vacances de Noël. Sous couvert d'anonymat, de grands patrons de stations vont même jusqu'à dire qu'"il faudra peut-être admettre que cette fin d’année soit enjambée, pour embrayer sur février, après la parenthèse forcée de Noël".

Cela dépend exclusivement des décisions gouvernementales, selon le ratio entre la propagation du Coronavirus et la volonté de préserver l’économie touristique. Du reste, la suppression de 70 % des TGV longue distance du 13 décembre au 4 janvier (annoncée le 3 novembre) tempère l’enthousiasme. Tout comme (voir plus haut) les invitations à fêter Noël en mode "mini" ...

Le confinement actuel doit se terminer le 1er décembre, mais il pourrait être prolongé pour être efficace. Souvenons-nous qu’au printemps, l’isolement imposé a duré deux mois alors que le virus était bien moins actif. Si la pause dure tout le mois de décembre (ou si les déplacements sont restreints après le 1er décembre), les vacances de Noël (19 décembre 2020 au 4 janvier) seront sacrifiées pour raison sanitaire. Les hébergements proches des stations de sport d’hiver ne profiteront pas de la relance saisonnière, mais les vacances de février (du 13 février au 1er mars 2021), véritable respiration de la saison, pourraient être sauvées et assurer leur remplissage. Cette solution faisant primer la santé sur l’économie n’est pas à écarter.

Offres spéciales : réserver pour Noël et reportez gratuitement en février ... ou, cet été !

Cette perspective, loin d'abattre totalement certains pros, en a poussé certains à imaginer des offres "au discours cash", qui n'élude pas la question, en somme, d'un confinement hivernal pour les fêtes de la Nativité. Dans ce cas, ils continuent de proposer de réserver, en première intention, pour Noël mais de pouvoir reporter, sans obstacle et sans frais, pour les vacances de février (si Noël est encore confiné). Certains propriétaires, dans les Alpes, étudient même la possibilité de se renvoyer les clients d'une adresse à l'autre en cas de planning déjà bloqué en février: "Je ne pourrais pas vous accueillir chez moi en cas de report en février, mais voilà les adresses dans lesquelles je propose de vous transférer ...".

D'autres hébergeurs proposent même de repousser les réservations jusqu'à l'été prochain (où la probabilité d'un confinement semble plus faible). En 2021, l'envie de montagne sera intacte et les clients d'aujourd'hui pourront accepter de pré-réserver leurs vacances d'hiver avec un avantage à la clé: pouvoir reporter à cet été, sans contrepartie ... voire, même, avec quelques avantages supplémentaires.

Ces offres ont le mérite de jouer la transparence et de nourrir l'envie de montagne et de vacances des voyageurs français. En mode digital, il est important d'exister et de profiter de ces périodes d'incertitude pour exister et faire exister ses offres: si l'activité repart, cela se fera du jour au lendemain à la faveur d'une déclaration gouvernementale. Les plus avisés seront les premiers à en profiter !

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Les stations sont en mode "Covid-Ready" !

Pour l’heure, les mesures sanitaires sont prêtes dans les stations, qui ont consacré l’été à préparer des stratégies d’accueil en toute sécurité : espacement sur les télésièges, matériel de location désinfectable en série, encouragement et simplification de la réservation en ligne, paiement sans contact généralisé, accès limité aux loisirs en intérieur, repas à emporter. Les domaines skiables se préparent, les promos sont là. Val d'Isère la joue "goodies" en proposant des tests Covid-19 au départ des vacanciers, après avoir obtenu une certification Afnor pour les mesures sanitaire Covid-19 appliquée dans son Office de Tourisme, son Centre Aquasportif et son Centre de Congrès.

En conclusion : “sauver Noël” en attendant 2021

Dans le meilleur des cas, la situation sanitaire peut s’améliorer pour la mi-décembre et entraîner un déconfinement n°2. Mais Noël 2020 sera en mode Covid, avec 9 mois d’expérience pour tous et, chez les professionnels, une attitude de résilience face aux événements sera plus-que-nécessaire. S'il a lieu, le grand rush vers l'altitude ne sera probablement pas pour cette fin d'année. Car, comme le précisait sur France Inter, Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique : « Les données que nous avons dans nos modélisations montrent que le 1er décembre, nous ne serons pas à 5.000 contaminations par jour. Ça, je peux vous le dire d’emblée aujourd’hui. Donc il va falloir plus de temps ». Toutefois, reste cette note d'espoir, selon l’épidémiologiste Mahmoud Zureik : “Noël n’est pas encore condamné”. De meilleurs jours arriveront en 2021.