Ce que le tourisme coûte en eau

En 2023, les calamités s'accumuleraient-elles sur le tourisme ? Sans jouer les oiseaux de mauvaise augure, après les effets (forcément négatifs) de l'inflation et des conflits sociaux, la sécheresse et les restrictions d'eau risquent-elles de perturber la saison estivale 2023 ? Les risques que les usages "estivaux" de l'eau soient bientôt pointés du doigt n'est pas à prendre à la légère et ce, même si dans un récent rapport, le WTTC (l'instance patronale et mondiale du tourisme) relevait que le poids du tourisme dans la consommation d'eau ne représentait que 1% des usages globaux ...

Et si l'eau (ou plutôt son absence et l'impérieuse nécessité de l'économiser cet été) n'allait pas devenir le point de souffrance du tourisme estival 2023 ? Il y a en effet fort à parier, vu la situation inédite rencontrée dans de nombreux territoires, que l'eau sera au coeur des préoccupations des autorités et des professionnels du tourisme, à l'approche de la saison. Difficile à admettre, certes, mais la situation est plus que désespérée dans de nombreux territoires et la limitation des arrosages, des lavages de voitures ou encore des remplissages de piscines semblent ne déjà pas suffire à contenir un déficit hydrique historiquement démesuré. En certains lieux, des mesures sont déjà imaginées pour restreindre l'usage de l'eau potable à certaines heures (y compris, dans les campings), voire à imposer des camions-citernes de secours (et remplis d'eau) pour assurer un service minimal de l'approvisionnement en eau potable. Sans compter sur les pompiers, en état d'alerte maximal, qui se demandent où et comment ils trouveront l'eau nécessaire pour faire face à la survenance de feux - eux aussi - potentiellement démesurés. Qu'on le veuille ou non, dans certains territoires, cette actualité (aussi grave soit-elle) finira par impacter l'actualité et l'activité touristique au fur et à mesure que l'on s'avancera dans les périodes chaudes. Dès lors, mieux vaut prévenir que guérir, mais comment ?

Et si, après des semaines de files d'attente pour remplir son réservoir, l'autre risque ne serait pas de voir ses vacances placées sous la restriction d'une consommation en eau plus-que-modérée ? Ce scenario n'est surtout pas à prendre à la légère et il y a fort à parier que le sujet devienne central dans les prochaines semaines; en plein coeur de l'actualité.

Les débats sur les interdictions de remplissages des piscines ne sont qu'un début et le sujet risque vite de déraper sur des alertes plus fortes en matière de restrictions d'eau: partout en France, en effet, du moins là où la sécheresse est attendue à tous les coups, les scenarii les plus inédits sont à l'état d'ébauche entre les autorités et les représentants professionnels. Dans les campings, notamment, et les stations touristiques où la population passe du simple au quadruple en quelques jours, la perspective d'une saison sous contrainte d'alimentation en eau est prise très au sérieux. Et cela peut avoir des conséquences importantes sur l'activité touristique au point que certains voyageurs pourraient se demander s'il n'est pas plus prudent d'éviter les destinations appelées à se couper le robinet quelques heures par jour ... ou à limiter les réjouissances aquatiques en raison d'un déficit d'eau trop prononcé.

De là à faire du tourisme une victime expiatoire des nouveaux défenseurs de la terre, il n'y a donc qu'un pas ... qui risque d'être franchi en 2023. Pourtant, cette semaine, le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) produisait les conclusions de son enquête par devant les Nations Unies à New York, lors de la conférence mondiale sur l'eau. En partenariat avec le Centre mondial du tourisme durable basé en Arabie saoudite, le WTTC a révélé que l'empreinte-eau totale du voyage et du tourisme ne représenterait que 0,6 % de l'utilisation mondiale de l'eau selon les derniers chiffres (2021), soit 50% de moins qu'en 2019 (année touristique de référence en période pré-covid).

Selon cette étude, l'utilisation "directe" de l'eau par les voyages et le tourisme serait nettement inférieure - en 2019, elle représentait 0,2 % du total mondial et a diminué de moitié pour atteindre seulement 0,1 % du total mondial. Par utilisation "directe", on pense à l'eau utilisée directement par les entreprises du tourisme pour leur propre consommation (ex: l'alimentation de leurs espaces verts, de leurs piscines, etc).

Ainsi, plus de la moitié de l'eau consommée par le monde du tourisme serait donc liée à une "consommation indirecte"; c'est-à-dire, l'eau utilisée pour produire, par exemple, les légumes vendus aux entreprises du tourisme pour nourrir leurs clients. Selon le WTTC, "une grande partie de l'utilisation de l'eau du secteur est indirecte, via sa chaîne d'approvisionnement, l'agriculture et la production alimentaire représentent les deux tiers de l'empreinte eau totale de l'univers du tourisme ..."

Selon cette même étude, en Europe, l'utilisation directe de l'eau aurait diminué de 8 % depuis 2019, suite aux investissements consentis par les pouvoirs publics et les entreprises touristiques elles-mêmes ...

Pour Julia Simpson, la présidente du WTTC: "Les données montrent que si le secteur s'est développé économiquement dans le monde entier, son intensité d'utilisation directe de l'eau a diminué".

Autre paramètre, l'intensité de "consommation en eau du tourisme par unité de PIB" (produit intérieur brut) a également diminué depuis 2010, tant pour l'utilisation directe qu'indirecte:

  • En 2010, le secteur a utilisé 0,57 m³ d'eau pour chaque dollar US contribué à l'économie mondiale,
  • En 2019, cela a chuté de 19 % pour atteindre 0,46 m³ d'eau pour chaque 1 $ US contribué à l'économie mondiale.

Ces données arrivent à point nommé; c'est-à-dire, au moment où le tourisme risque d'être mis sous les feux des projecteurs face à des situations de déficit hydrique sans précédent. Certes, ces données sont générales (même si l'étude détaille chacun des 185 pays étudiés) et ne dispenseront aucune des destinations concernées par ces alertes sur l'approvisionnement en eau de mesures exceptionnelles.

Cependant, chacun doit garder à l'esprit que, par ses actions menées au niveau de sa propre entreprise, il ou elle garantit une pratique touristique de plus en plus eco-responsable et une attitude citoyenne assumée: arrosage du jardin limitée, assurance à donner sur la qualité de vos réseaux, petits mots invitant à moins ouvrir le robinet, concentration des lessives, etc ...

Un conseil ! Commencez à vous construire un argumentaire et un plan d'action en ce sens pour prévenir une situation où votre établissement sera forcément appelé à répondre de sa façon de consommer l'eau cet été. Annoncez la couleur à vos (futurs) clients pour n'effrayer ni ne décourager personne. Dans ce genre de perspectives, mieux vaut prévenir que guérir.

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Cet été, prenez les devants

Qu'il s'agisse des mesures que vous allez vous appliquer (si ce n'est déjà fait) ou des recommandations que vous ferez à vos clients, ne "zappez" pas le sujet de l'eau, a fortiori si votre entreprise est exploitée dans une destination fortement exposée à la sécheresse.

Par exemple, si c'est le cas, précisez sur votre site internet, tout ce que vous accomplissez de manière préventive ... et citoyenne, comme :

  • Avoir fait réviser vos installations hydrauliques: canalisations, robinets, chasses d'eau ... bref, tout ce qui peut potentiellement générer des fuites,

  • Privilégier la douche plutôt que les baignoires afin d'inciter vos clients à plus grande modération ou encore avoir équipé vos douches de "pommes" spéciales permettant de garantir un bon débit sans consommer trop d'eau,

  • Avoir installé des économiseurs d'eau sur vos robinets et vos pommeaux de douche en garantissant que cela n'affecte en rien la qualité de l'eau disponible chez vous,

  • Avoir mis en place des mesures de recyclage de l'eau (baignoire, machine à laver, récupération des (rares) eaux pluviales ...) pour arroser les plantes ou nettoyer le sol de vos espaces communs, par exemple.

  • Avoir équipé votre hébergement d'un lave-vaisselle et/ou d'une machine à laver économes en eau : ces derniers, en effet, sont plus économes que de laver la vaisselle ou le linge à la main,

  • Arroser les plantes tôt le matin ou tard le soir pour éviter que l'eau ne s'évapore trop rapidement ou alors, avoir carrémment privilégié la plantation d'espèces peu consommatrices d'eau.