Les vacances "rétro" inspirent les français

Le voyage en nostalgie (vintage travel) est une valeur montante du tourisme (post?)-Covid, car le virus invite les français à rester en France, tandis que les étrangers sont rares. Les vacanciers montent dans la machine à remonter le temps pour retrouver une simplicité qui rassure. Ce public plutôt aisé recherche du haut de gamme vintage avec, malgré tout, le confort moderne ...

Puisque le Covid impose des contraintes géographiques aux Européens, chacun reste dans son pays et le (re)découvre. Pour certains Français, les vacances en bleu-blanc-rouge sont l’occasion de revivre les moments de leur enfance, ou de celle de leurs parents. Ces voyageurs en quête de lieux et d’atmosphères d’autrefois, plus ou moins galvaudés, ne recherchent pas des vacances vieillottes, mais des séjours plus simples, qui les rapprochent de leurs congénères. Le vintage étant largement composé de repères nationaux (looks, véhicules, mobilier, marques des objets), ce tourisme à l’ancienne est aussi un tourisme à la française, autour de valeurs culturelles nationales. Amateurs de bons vieux souvenirs, mettez-en plein la vue à vos "invités" !

Cette tendance n'est pas un gadget: elle inspire les plus grandes compagnies touristiques comme en témoigne la toute dernière campagne de la SNCF, appelée "Hexagonal" et mise en musique et en images par l'excellent Gael Faye. Cette publicité de rentrée dresse un portrait multi-temps de l'attachement des français à leur compagnie nationale ...

La toute dernière campagne de la SNCF (Hexagonal de Gael Faye) joue elle aussi sur le retro !

Plonger dans le passé, sans les inconvénients

Les vacances "vintage" sont un voyage au pays de la nostalgie pour ceux qui ont des souvenirs liés aux objets et aux ambiances d’une époque, mais aussi pour les autres, plus jeunes, qui veulent s’offrir un "trip rétro".

Cette exploration du passé fait partie des circuits touristiques: elle est assez facile à mettre en place pour les hébergeurs qui disposent d’un cadre authentique, préservé de trop de modernité, mais sans excès. Loger ses hôtes dans une bergerie du XVIIe siècle n’empêche pas d’avoir la clim’ et la fibre optique ! ll y a bien sûr les puristes, comme le voyageur Denis Pagnier, magasinier en Haute-Saône, qui avoue rechercher les campings avec lampe à gaz, où il n’y a "pas de frigo, de télé, de WC, de douche" ! Ce consommateur post-moderne affirme que "cela fait du bien de replonger dans une autre époque. On décompresse totalement, on sort de notre train-train quotidien et on prend le temps de vivre. Revenir 50 ans en arrière est une source de décontraction. Et ça crée immédiatement des liens avec les autres campeurs". À Saint-Nazaire, les amoureux de Jacques Tati se pressent sur les traces des mythiques vacances de Monsieur Hulot, quintessence de la France moderne d'après-guerre, la France pleine d'espoir et de promesses ...

Les vacances de Monsieur Hulot (1953)

Partout en France, le "vintage" devient une valeur d'avenir chez de plus en plus de professionnels du tourisme. Par exemple, les caravanes mises sur le marché entre 1934 et 1966 sont la spécialité du camping du Roc-Saint-André (Morbihan).


Source : Morbihan Tourisme

Ces habitats aux formes arrondies, avec rideaux à fleurs, n’ont ni réfrigérateur, ni télé, ni électricité. "On a très bien dormi, peut-être même mieux que dans nos souvenirs", témoigne un couple venu y retrouver des parfums d’enfance. Pendant que la plupart des campings montent en gamme, se dotent de chalets et de mobile homes ultramodernes et suréquipés, se baptisent de noms aux consonnances anglaises ou héritent de franchises télévisuelles comme les Camping Paradis, d’autres empruntent le retour en arrière, en misant sur un tourisme "vintage" qui rappelle les (actuelles) émissions d’antiquités-brocante à la télévision.

Les vacances rétro, c’est la Renault 5 ou la GS Citröen bien visibles, sans basculer dans la déco et l'ambiance d'un parc à thème, dont c’est justement le but. Pour composer des vacances mélancolie, il n’est pas nécessaire de se déguiser (robe à pois pour madame, rouflaquettes pour monsieur), car cela serait too much. Pas question non plus de faire tourner en boucle une playlist de rock sixties, pop eighties ou dance nineties.

Les urbains recherchent des conditions spartiates

Les séjours vintage ne sont pas des périodes de loisirs en mode arriéré, juste des expériences dans lesquelles les clients renouent avec leur propre vie, parfois avec leurs racines. Ce sont généralement des urbains en manque de vrai et de simplicité. En France, de plus en plus de quadras mettent le cap vers l’époque des Trente Glorieuses de leurs parents. Ils s’offrent des sauts soixante ans en arrière.

"C’est l’antithèse de la modernité qui nous entoure", estime Vivian Gasser, directeur de la boutique "Particules en suspension", à Lausanne. Ce spécialiste en accessoires rétro ajoute : "Cela se situe hors des conventions actuelles, c’est une manière de se révolter". Les voyageurs vintage ont beau être de sages rebelles, l’accueil à leur réserver mérite de ne pas être improvisé. Le retour au confort populaire des années 1950 fait le bonheur des clients lassés de toutes les facilités de notre temps. A l’heure de l’immédiat, du transhumanisme et de l’intelligence artificielle, ce revival de XXe siècle donne de l'oxygène aux plus oppressés. Mais l’ambiance de "La petite maison dans la prairie", ça va 5 minutes… nous sommes au troisième millénaire ! Le vintage-trip est un mélange harmonieux, qui cultive les clichés mais sans en faire trop, sans se couper du présent. Les vacances vintage, c’est aussi une façon de s’essayer à la gastronomie d’antan, en ne cuisinant que des plats anciens, sans utiliser aucun appareil moderne. Cette manière de faire est l’occasion d’apprendre aux enfants la valeur du fait maison, sans dépendre de la technologie tout en profitant d’une nourriture saine.

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Un vrai marché en France

Dans certains campings, les nuitées dans les décors yé-yé ou les caravanes hors d’âge séduisent de plus en plus de clients qui recherchent l'évasion dans le passé. De plus en plus de voyageurs choisissent ces rétro-vacances, qui ont fait émerger un véritable marché du tourisme de jadis.

Ce style illustre les campings Airstream & rétro, à Manses (Ariège), et La Gambionne, à Goudargues (Gard). Dans la Sarthe, à Avoise, le camping l'Œil dans le rétro loge ses clients dans une douzaine de camping-cars des années 1960 et 1970. Ce point de chute original connaît un succès croissant auprès des voyageurs car "ça leur rappelle les virées avec les parents et grands-parents", analyse le gérant, Jean-Michel Loison.

L’Hexagone ne connaît pas encore sa destination 100% dédiée, à l’image de la station balnéaire italienne de Senigallia, qui s’attache à conserver le charme des années 1940 et 1950, tout en profitant à fond des avantages du XXIe siècle.

À Senigallia (Italie), les clubs de plage n'ont pas pris une ride depuis ... l'après-guerre des Trente Glorieuses

Ce type de vacances se fait une place dans l’Hexagone grâce à une clientèle aisée, analyse Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA). Selon lui, le phénomène "glamping" (glamour et camping), inauguré par les tentes dans les arbres, les yourtes et les roulottes, a ouvert la voie vers les alternatives aux standards industriels. "C'est complètement branché", affirme ce propriétaire de deux campings "classiques" en Bretagne. Chez lui, pas de karaoké ni de piscine à toboggans, mais plutôt un esprit chambre d'hôtes. Ce type de formules "fonctionne bien avec les coffrets cadeaux", observe ce pro du séjour décalé. Le côté rustique permet des moments de détente à l’ancienne, il rappelle un "bon vieux temps", dont certains ont besoin pour se protéger du présent.