Le tourisme reprendra au 2e trimestre en mode "staycation"

Le calendrier 2021 et le profil du tourisme de l’année se dessinent progressivement. Pandémie oblige, c’est au second semestre que viendra le redécollage, mais les clients conserveront les réflexes de 2020 : la staycation aura encore le vent en poupe.

US et Europe même combat ! Quand on les interroge, 72% des voyageurs déclarent qu'ils ne prévoient - au printemps prochain, et si les conditions le permettent - que de courts voyages (avec un maximum de 2 à 3 nuitées) et presque systématiquement, en voiture. Exit, donc, encore cette année, les "longues distances". Ce terme un peu barbare (apparu l'an dernier) de staycation a donc encore de beaux jours devant lui : staycation, au sens strict du terme, signifie des vacances "sur place" (pour les "puristes", carrémment chez soi !) mais, en réalité, on parle bien de voyages "locaux"; c'est-à-dire, à moins de trois heures de route de chez soi ... pas la peine, en effet, de partir trop loin si le séjour ne doit pas dépasser trois jours...

Et, pandémie ou pas, il va falloir composer avec ce marché de staycationners pendant longtemps encore: c'est une des vertus de cette crise, l'envie de partir loin s'est quelque peu refroidie chez certains, tandis que le plaisir de redécouvrir "l'évasion à deux pas de chez soi" revient au grand galop ! Côté professionnels du tourisme, c'est tout un pan de votre stratégie d'offres et de marketing à revoir, mais l'enjeu en vaut vraiment la peine car il s'agit désormais de votre "premier marché".

Le Covid imposera toujours ses conditions en 2021: l’avancée fournie par les vaccins va relancer le tourisme en deuxième partie d’année, vers une consommation d'abord "locale", puis régionale et nationale. Quant aux autres voyageurs européens, tout dépendra de la situation aux frontières ...

Nouveau call-to-action

Toutefois, ces mêmes voyageurs (les européens) observent leur prochaines saison d'été avec prudence. Selon Sojern, qui a analysé plus de 350 Millions de profils de voyageurs à travers le monde:

  • les voyageurs - conscients qu'il existe désormais des stratégies "souples" d'annulation des vols et des hébergements, sont bien motivés pour préparer leurs prochaines vacances même s'il demeure beaucoup d'inconnues sur leur possibilité de départ ou non,
  • en ce qui concerne les européens, on constatera que, pour l'instant, la France observe un net recul dans les intentions de voyages puisque, entre 2019 et les prévisions de 2021, notre pays passe carrémment de la 2ème à la 4ème place, avec presque deux fois moins d'intentions de voyages vers l'hexagone,

Selon Sojern, l'Espagne reste la première destination européenne en raison de sa très grande popularité et de sa manière de gérer la pandémie. Idem pour la Grèce qui, selon Sojern, "Grèce a également connu un regain de confiance, avec 14% des réservations de vols régionaux vers la destination. Il s'agit d'une forte augmentation par rapport aux 4% de réservations effectuées au début de 2019 pour les mois d'été, potentiellement en raison de la façon dont elle a géré la pandémie de l'été dernier. Cela fait de la Grèce le deuxième pays le plus populaire auprès des voyageurs européens pour réserver cet été et est un signe positif pour ce qui est considéré comme des mois de pointe pour les voyages entrants. Le Portugal est une autre destination qui a montré une croissance de la confiance ..."

Comme nous l'indiquions en introduction, ces changements (même s'ils peuvent être contredits par une avancée plus positive à la faveur d'une vaccination plus efficace) se doublent d'un changement important de comportements, notamment sur les durées de séjour qui seront beaucoup plus longues, si l'on en croit les recherches synthétisées par Sojern partout en Europe:

Pour les analystes, *"cela pourrait refléter le fait que beaucoup n'ont pas fait de voyage à l'étranger depuis longtemps en raison de la pandémie, ou ont des vacances reportées du travail après une longue pause en 2020, ce qui signifie qu'ils sont prêts à avoir un vacances plus longues. Par rapport à 2019 où 69% des séjours à l'hôtel étaient prévus pour une durée de zéro à trois jours, cette année, il est passé à 37%. En retour, la popularité des voyages de quatre jours ou plus a presque doublé, passant de 31% à 61%.* Donc, si la clientèle européenne (à condition qu'elle puisse partir) peut représenter un appel d'air conséquent pour votre activité de cet été (avec des formules "long stay" à prévoir d'ores et déjà dans vos offres), c'est bien la clientèle "locale" qui sera le catalyseur de votre business ...

Pour l'heure, c'est donc votre marché "immédiat" qu'il faut séduire et comme le rappelait Marcel Proust (1871-1922), contemporain de la montée du tourisme: “Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir d'autres yeux”. Il va donc falloir ouvrir les yeux à commencer par les vôtres en vous demandant ce qu'il vous paraît important de faire valoir auprès de vos futurs clients pour leur apporter cette dose d'évasion "locale" à laquelle aspire une majorité. Quelqu'un qui est un voisin très proche de votre hôtel ne se laissera pas attirer par les atours de votre micro-destination, mais il cherchera plutôt à vivre une ambiance à part alors qu'il connaît bien votre environnement. Prendre un petit-déjeuner dans votre hôtel ou votre maison d'hôtes, alors qu'il n'habite qu'à quelques dizaines de minutes de chez vous, est une expérience en soi. Ne pas partir chargé de bagages, ne pas rouler des heures, se poser en quelques minutes, se sentir dans un endroit familier, vivre comme un résident de votre commune qu'il connaît bien, se faire "coocooner" à quelques minutes de chez soi, repartir le lendemain sans avoir des heures de voiture, etc ... . A vous de la sublimer ... on peut construire beaucoup d'imaginaire autour d'un petit-déjeuner pris hors de chez soi ...

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La confiance revient pour 2021 et même 2022

Cette tendance au voyage "immobile" (parce que pas très loin de chez soi) est une tendance de fond partout en Europe. Covid ou Brexit, les britanniques, par exemple, n'en attendaient pas tant pour redécouvrir les charmes de "rester au pays". La société de vacances de luxe Perfect Stays (Royaume Uni) prédit même une explosion de la staycation dès la fin des confinements et l’avancée de la vaccination. Elle vit même un début d’euphorie : “Nous pourrions finir par une situation où la demande dépasse largement l'offre”, affirme Josh Wildeman, directeur marketing de cette entreprise de locations de vacances indépendantes. Perfect Stays s’attend à 50 % de ventes en plus, un phénomène dont elle a déjà profité après le premier confinement de 2020, par rapport à 2019. Pour cette année, les réservations près de chez soi seront encore la norme. Elles visent surtout la période juillet-novembre, ce qui indique que les vacanciers britanniques prennent la décision prudente de réserver pour plus tard dans l'année en pariant que la pandémie s’éloignera plus tard que tôt. La confiance revient rapidement, car dès la fin janvier, Perfect Stays a constaté une croissance des réservations pour le printemps et le début de l'été. Le repli du Covid est le principal levier de ce regain encourageant, avec des séjours plus longs, et davantage d'adultes par réservation pour 2021. Les tribus longtemps séparées par les restrictions pourraient utiliser leurs séjours comme une grande opération de rattrapage (la notion de “Voyage vengeance” prend encore du crédit). Perfect Stays observe même déjà un record de demandes de séjours pour 2022, du jamais vu sur un délai aussi éloigné. La tendance au Staycation peut se poursuivre l'année prochaine.

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Maridav / Shutterstock

Changer d’air ne signifie pas changer de pays ou de continent !

La possibilité de changer d’air sans parcourir des centaines de kilomètres n’est plus à démontrer. L'hôtel Grands Boulevards, entièrement repensé par la décoratrice Dorothée Meilichzon, a pour slogan “une évasion au cœur de Paris” et vise particulièrement les clients… parisiens ! “Les gens découvrent à quel point il est grisant de remettre de l’inconnu dans une ville familière”, témoigne pour sa part Kevin Hutchings, fondateur du site spécialisé Staycation.co. Où que vous soyez, piochez aussi dans la proximité pour dénicher une nouvelle clientèle. Le directeur d'Alsace Destination Tourisme, Marc Lévy, remarquait le 8 février une reprise “avec des touristes locaux qui cherchent à découvrir leur région".
La crise de 2008 a mis en avant cette façon de prendre des vacances, qui débute dès que l’on emporte le pique-nique pour déjeuner à proximité de son domicile. La formule de l’Irlandaise Jacinta Doolan est limpide : “ils veulent juste changer de décor”, affirme cette responsable de la Fédération irlandaise de restauration autonome, au sujet des clients du moment. En quantité, Airbnb révèle que les recherches nationales en Irlande ont quadruplé la première semaine de février par rapport aux premières semaines de janvier.
Mélanger les mots “stay” et “vacation” n’est pas un artifice de langage, il s’agit réellement de vacances, car la sensation de dépaysement est là. La staycation est aussi une réaction consciente contre les tour opérateurs, rattachés au tourisme de masse, à l’ancienne, vers des destinations “de rêve” présentées sur papier glacé. Certains y voient aussi l’avantage de réduire leur impact environnemental en limitant les voyages en avion, en réduisant leur budget de carburant et de péage et même, tout simplement, en réduisant le temps de trajet. Mais attention ! Le secteur marchand n’est pas le seul concerné, car la staycation repose aussi sur des vacances dans son “chez-soi ailleurs” : si la tendance tarde à être mesurée en France, les Suédois se ruent sur les maisons d'été pour s’offrir un “hemester” (staycation). Le prix des “sommerstugor” (maisons d'été) a augmenté de 12% de novembre à janvier par rapport à la même période de 2019-2020, selon l’association d'agents immobiliers Maklarstatistik.

Dans les fjords, les réservations de maisons d'été s'envolent littéralement.Photo by Stephen Roth / Unsplash

4 points pour convaincre vos clients de partir en staycation

La question de savoir si le "staycation" restera un pan décisif du tourisme de demain n'est pas encore tranchée. On peut, bien sûr, penser qu'une fois cette crise passée (quand ?..), les (mauvaises) habitudes du tourisme so far away vont revenir au galop. Mais, pour l'heure, c'est bien ce marché "local" qui, à défaut de dominer, sera le catalyseur de la prochaine saison. Aussi, pour déclencher des résas chez vous en mode proximité :

  • Invitez le public à oser : les vacances servent à casser la routine. Banco, c’est chez vous que ça se passe, tout près. Vos séjournants peuvent profiter d’un bref congé pour quitter leurs habitudes et s’essayer à la randonnée, à la dégustation de produits de saison, à l’observation des animaux etc. Oser.

  • Guidez, surprenez vos invités (une entreprise peut assurer cette partie) avec un programme de visites et d’activités. Un parcours d’aventure à pied ou en deux-roues peut-être amusant, une chasse au trésor familiale, par smartphone, peut aussi être une grande réussite. Le geocaching (caches localisées par GPS) fonctionne à merveille.

  • Conviez-les à changer de regard sur ce qui les entoure, en prenant le temps, en observant les détails, les panoramas, bref, leur propre région, avec l’optique d’un étranger avisé, en quête de beautés cachées,

  • Enfin, jouez la carte des "tribus", ce marché de familles ou de copains qui sont prêts à "privatiser" une maison d'hôtes, un hôtel de famille (ou l'aîle entière d'un hôtel plus important) pour célébrer leurs retrouvailles en toute sécurité ... le marché est énorme !